Un préfet plus circonspect
Lors de la dernière session du Conseil régional de Lorraine, le préfet de région, Bernard Niquet, s'est présenté devant les élus lorrains avec un discours beaucoup moins cassant que celui prononcé lors de la session du Conseil général de la Moselle où il avait tancé les élus sur leur incapacité à "œuvrer en meute". Cette fois, le ton était plus distancié et moins coupant. Pourquoi ? Les choses se comprennent dès qu'on les détaille :
Donc voici le préfet aujourd'hui adoucit et plus prudent. Il faut dire que présent depuis le mois de juillet dernier, ce préfet a peut-être pris, depuis la session du Conseil général, plus amplement connaissance des dossiers locaux. Ainsi, il débute sa longue allocution devant les élus lorrains par un rappel historique de la région où pèse toujours l'Histoire ; Histoire, terreau de nos oppositions actuelles selon lui. C'est un point de vue. Et c'est un point de vue d'autant plus intéressant qu'il est extérieur. Et visiblement c'est à l'aune de cette vérité historiquement conflictuelle qu'il interprète nos antagonismes présents. C'est intéressant et tout à la fois furieusement superficiel. 
Des friches face à Shanghai
Quoi qu'il en soit, la faiblesse lorraine, qu'elle puise ses sources dans son histoire ou dans des stratégies intimes, qu'il sous-évalue peut-être encore, est une réalité. Si l'analyse est faible, la conclusion est bonne. Et il a déjà eu l'occasion de peser ces faiblesses lorraines dans le dossier d'Esch-Belval sur la frontière franco-luxembourgeoise. Le préfet B. Niquet avoue : <<Côté français j'ai vu une grande friche et de l'autre côté on se croirait à Shanghai>>. D'un côté, il a aperçu, du côté luxembourgeois les grues, les projets et les réalisations faites sur ces anciennes friches industrielles modernisées afin de recevoir universités et centres de recherche et, de l'autre, du côté français, rien, sinon des dossiers et des controverses sans fins. Afin de sortir de ces guerres picrocholines (combats dérisoires et destructeurs selon le Gargantua de Rabelais Ndr), le préfet défend l'idées que l'État, même s'il est assez démuni financièrement face à la puissance financière du Grand-Duché, saura répondre aux attentes des entrepreneurs en mettant à disposition de ceux-ci son armée de fonctionnaires qui sauront, eux, s'attaquer à la jungle administrative européenne et pourront ramener et libérer en Lorraine les fonds européens. Il note au passage, comme un certificat de pertinence des ces fonctionnaires, le bon achèvement du contrat de plan État-Région 2000/2006 (le meilleur de France avec 80 % d'exécution). Bref, la stratégie affichée est : l'État n'a pas d'argent mais vous aidera à récupérer des fonds européens. S'il fallait une confirmation de "l'état de faillite" de la France annoncée maladroitement par le Premier ministre, on en voit ici l'application en région et, par rebond, on en constate aussi ici la confirmation.
(D)Rôle d'État
Dans le même temps, il se positionne dans son rôle de préfet de la République et tente d'assurer ainsi la prédominance de l'État français dans le dossier Esch-Belval où chacun se bat pour en assurer la tête. Bref, sans forcément s'en rendre compte, il participe lui aussi à ces guerres gauloises, intestines et destructrices, qu'il fustige en tribune. En tout état de cause, il assure que nous sommes aujourd'hui à quelques semaines de l'annonce d'un dispositif qui confirme ce positionnement de l'État par le ministre des Affaires étrangères et de l'Aménagement du territoire. Reste à attendre.