Tapis rouge et double regard
Une nouvelle délégation chinoise est venue récemment en Moselle afin de visualiser l'espace ITEC-TerraLorraine d'Illange et échanger avec les élus locaux. A cette occasion, il semble que le regard porté sur ce projet ne soit pas le même que l'on soit d'un côté ou de l'autre de la planète.
Cette délégation chinoise venue en Lorraine à quelques jours du voyage du président Hollande en Chine était accueillie avec "tapis rouge" et grands déballage de discours de bienvenue, d'un côté, et satisfaction et remerciements de l'autre. Le maire de Harbin, Monsieur Xibin Song, leader de la délégation est le premier édile d'une ville de… 11 millions d'habitants ! Cela laisse rêveur. C'est aussi
la capitale de la province du Heilongjiang, située en Mandchourie, dans le nord-est de la Chine et la mecque politique, économique, scientifique, culturelle de cette immense province qui accueillera trois l'un des trois centres ITEC China développés par la Comex Holding. Elle est de plus un nœud de communications de la Chine du nord-est. Harbin est donc connue pour être une des villes principales en Chine et en Asie du nord-est et s'étend, excusez du peut… sur 53 800 km2. <<On l'appelait le Paris de l'Orient>>, ajoute le maire en rappelant aussi l'aspect touristique de sa ville historique qui fut toujours très cosmopolite. S'ajoute à cela que ce maire à le rang de vice-ministre de Chine et qu'il gère sur sa ville 75 000 étudiants se répartissant sur 50 grandes universités. Par ailleurs, les banlieues de la ville accueillent d'immenses usines pharmaceutiques, des unités de production dans le domaine de la biochimie et dans celui de l'aéronautique. C'est donc un personnage important pour ce projet. La chose n'est pas neutre et montre également les ambitions chinoises pour ce projet d'Illange.
Une absence remarquée
De ce fait, les élus mosellans s'étaient mis en quatre pour le recevoir avec toute la pompe nécessaire. Jean-Luc Bohl lui a fait visiter le Centre Pompidou, Dominique Gros l'a reçu en l'hôtel de ville de Metz puis l'a emmené visiter la cathédrale St Etienne avant que Patrick Weiten ne le reçoive avec cérémonie et tapis rouge avant de visiter avec lui le chantier d'Illange. Seul grand absent remarqué (bien qu'invité très officiellement pour un accueil républicain), celui du préfet de Moselle et de Région ou de l'un de ses représentants. Pourquoi, alors que l'on aurait même pu attendre à ce qu'un ministre français ou un haut représentant de l'Etat soit présent ? D'aucuns affirment que le gouvernement français traîne des pieds pour appuyer le projet. Et donc le préfet, prudent, la joue "abonné absent". Pourtant, quand nous l'avions interrogé sur ce sujet, Monsieur Nacer Meddah nous assurait que l'Etat répondrait présent si le projet se réalisait. Quoiqu'il en soit, du côté de l'Etat, on mise avant tout sur la prudence et la distance diplomatique. Dommage que d'une façon chronique, la France reste toujours aussi frileuse dans les projets du futur.
Le risque… c'est de ne pas y être !
Si le préfet était très physiquement absent, la secte des Raëliens, elle, était présente ayant envoyé la presque totalité de ses effectifs locaux (trois personnes) afin de demander au dignitaire d'Harbin la libre de pratique leurs rites. L'impacte de cette micro-manifestation n'a visiblement pas ébranlé le vice-ministre chinois. Lui, pour sa part, est emballé par la démarche mosellane et trouve que ce projet permettrait de remédier au déséquilibre commercial existant entre la France, voire l'Europe, et la Chine. <<C'est un projet que nous soutenons>>, ajoutait-il. Et, s'adressant à P. Weiten, il ajoutait : <<Vous avez une vision stratégique et nous sommes très demandeur de produits 'made in France'>>. De leurs côtés, les représentants d'ITEC-TerraLorraine et de la Comex qui développent la démarche commerciale du projet nous assure qu'effectivement Paris bloque les choses. <<On ne comprend pas et l'on voudrait bien savoir pourquoi>>, ajoute un représentant de la Comex Holding qui tient à garder l'anonymat. Il ajoute en direction des entrepreneurs européens intéressés : <<Nous avons plus de soutien en Chine qu'ici. Les Chinois sont plus réactifs alors qu'ils vivent dans une situation très étatisée. Nous pensons qu'avec la Chine, le seul risque que nous courons aujourd'hui avec ce pays… C'est de ne pas y être !>>.
Un dictionnaire à inventer
Ce qui est sûr, c'est que notre sang lourd de vieux européens nous pousse à nous méfier d'un futur où nous ne sommes pas les dominants. On ne change pas rapidement la vision qu'un peuple porte sur lui. La chose se signale même si c'est dans une moindre mesure vis-à-vis de ceux qui sont le plus impliqués dans le projet et qui croient en ce futur. Ainsi, la démarche même de présenter le centre Pompidou ou la cathédrale St Etienne à cette délégation se trouve à des distances sidérales des attentes de ces Chinois. Ces derniers viennent pour le business. Et d'abord pour le business. Bizness, bizness ! La chose se perçoit si l'on suit ce qu'ils filment ou ce qu'ils photographient. Qui s'intéresse à quoi ? (voir photo) Voici un double regard qui en dit long sur le hiatus existant entre Européens et Chinois. A Metz, c'était les commerces et la circulation ; parfois les travaux (Ici, sur Metz, ils durent avoir leur content !). Chez nous, les différentes strates (politiques, économiques, culturelles), ne jouent pas la même partition. Vivent dans des sphères séparées. Ce qui nous rend fier, les indiffèrent. Par contre, notre banalité quotidienne les étonne et les surprend. Au-delà de ce simple constat, une sorte de dictionnaire des pratiques sino-française est à inventer afin que les entrepreneurs commercent (dans tous les sens du terme), avec leurs homologues chinois dans un langage commun d'idées. Là se trouve peut-être la lacune de ce projet qui pourrait bien mettre à bas l'ensemble des espérances qui émergent des deux côtés de la planète. Reste donc à créer des ponts culturels.
Jean-Pierre Cour