PPDA en fantôme de l'opéra
Trop connu Patrick Poivre d’Arvor ! Trop reconnu, PPDA. Trop vu ce sourire un peu timide au-dessous d'un regard qui s'excuse en riant. Tout le monde a le sentiment de trop bien le connaître. De trop bien le côtoyer. Trop de livres écrits par cet écrivain prolifique avec une soixantaine d'ouvrages au compteur. Trop de tout pour cet homme pressé. Caricaturé sur Canal+, chacun a encore en tête ce présentateur vedette de journaux télévisés qui absorbait l'air du temps pour, avec chaleur, le restituer en vapeur d'ennui. Pour autant, ce brassage d'air n'était pas que du vent. Il a marqué son temps audiovisuel. Son plus gros défaut fut sans doute d'avoir trop souvent choisi les solutions de facilité en se torturant jusqu'au martyre pour écrire, animer des émissions et des conférences, participer à de nombreuses émissions de radio prêtant le flanc, du coup, à une intelligentsia française plus sûre de ses dégoûts que de ses goûts. Facile. Pourtant, ce "jeune homme sentimental" de 67 ans a bien marqué son temps médiatique. Il est aujourd'hui dans le "top 4" des personnalités de la télévision qui, selon un large sondage d'Opinionway, le place dans les personnalités télévisuelles qui ont marqué les cinquante dernières années du petit écran derrière Michel Drucker, Léon Zitrone et Jacques Martin. Lui, fait partie des deux survivants.
Héroïsme sentimental
Aujourd'hui il débute en écrivant le livret de cet opéra. Le pitch "d'Un Amour en Guerre", c’est l’amour de Madeleine pour Jacques et de Jacques pour Madeleine pendant la Première Guerre Mondiale. Les prénoms de ces deux sont les prénoms des parents de PPDA. (Réminiscences ou commémoration ?) Jacques est au front dans les tranchées. Madeleine n’en peut plus de l’attendre dans sa mansarde à Paris. Ils devaient se marier deux ans plus tôt, la guerre les a séparés. Nous sommes en 1917. Les premières mutineries, les premières désertions commencent à apparaître sur le front. Elles seront violemment réprimées, souvent par la peine de mort. À l’arrière aussi on se met à douter : cette guerre est interminable… Madeleine est tentée. Il y est question d’amour bien sûr, mais aussi de jalousie et de trahison comme dans tous les drames depuis l’Antiquité. Avec cet opéra, Caroline Glory et Patrick Poivre d’Arvor ont souhaité rendre hommage aux millions de soldats français fauchés par ce que l’on appelle étrangement la "Grande Guerre" et dont les noms ornent aujourd’hui les monuments aux morts.
Dans tout opéra, il y a un félon et un héros ; une héroïne et ses ambigüités. C'est dans les histoires les plus banales que les femmes et les hommes se découvrent parfois. Ici, c'est bien une histoire d’amour qui sera interprétée par deux chanteurs français, le ténor Sébastien Guèze et la soprano Nathalie Manfrino. La mise en scène est de Patrick Poivre d’Arvor et Manon Savary avec laquelle il avait déjà monté Carmen de Bizet et Don Giovanni de Mozart dans le cadre des "opéras en plein air" en France et en Belgique. La musique, aisée et qui tourne dans la tête des spectateurs au sortir du spectacle est de Caroline Glory.
Seul opéra du centenaire de 14/18
Interrogé par nous, Patrick Poivre d’Arvor explique, lentement, presque timidement : <<C'est une première pour moi… C'est la première fois que j'écris un livret d'opéra>>. Il explique ce qui est peut-être le fond de sa motivation : <<Je suis un fou d'opéra car ce dernier adore l'excès. Le texte est court avec des personnages très spécifiques. Jusqu'à l'âge de 17 ans, ma culture de l'opéra était égale à zéro. C'est à Prague que je le découvre dans un très ancien théâtre construit en 1787 où se jouait Don Giovanni. Ce fut un éblouissement que de comprendre ce lien entre créateurs de musique et de textes. "Un Amour en Guerre" est donc une première pour moi jusqu'au fait de jouer dans un théâtre couvert où, enfin, je n'ai plus à m'inquiéter de la météo. Auparavant, nous mettions en scène, Manon Savary et moi, les œuvres de Mozart ou de Bizet en plein air. Ici, cela change tout. Nous sommes, à Metz, dans le plus ancien théâtre de France (1752, ndlr) alors tout change. La scène est plus étroite qu'en plein air mais beaucoup plus profonde. Cela demande des ajustements. Cela est enthousiasmant et un peu impressionnant>>.
Lorsqu'on l'interroge pour savoir si l'ancienne ministre de la culture, Aurélie Filippetti aujourd'hui conseillère municipale de Metz, l'a soutenu et si c'est ici la raison de cette création à Metz, la réponse claque sèchement : <<Le soutien du ministère de la Culture est lui aussi égale à zéro. Je suis très déçu car je connais bien l'ancienne ministre qui n'a même jamais daigné me répondre alors qu'elle assurait, à droite et à gauche, soutenir les créations d'opéras qui sont extrêmement rares aujourd'hui en France. Là, nous créons le seul opéra sur la 1ere Guerre Mondiale pour le centenaire de cette grande boucherie héroïque et rien n'est fait pour assister les artistes. Heureusement que Metz-Métropole est là pour nous soutenir et nous permettre de le jouer. Une captation en a été faite et sera sans doute diffusé, plus tard, sur Arte. Mais là, il faut encore que l'on assure les droits audiovisuels aux artistes. Ce n'est pas simple>>.
Culture populaire ?
Cet opéra en quatre actes avec le chœur d'hommes de l'opéra-théâtre de Metz-Métropole et l'opéra national de Lorraine accompagné de l'orchestre national de Lorraine sous la direction de Jacques Blanc, détient la particularité durant les 1 h 30 mn de spectacle, de ne pas comporter d'entracte. Tout se déroule d'une traite ponctué par l'usage de décors en profondeur aidé par des vidéos dont l'originalité doit être réservée aux spectateurs. Ici, les décors et les costumes très réalistes de Valentina Bressan prennent une dimension de réalité qui nous rappelle que la souffrance n'a pas disparue parce que les corps qui souffraient ont disparu. Ici, Patrick Poivre d’Arvor nous livre un opéra dont il avoue lui-même qu'il est difficile pour lui de se le réapproprier en propre puisque la musique et son compositeur, le décorateur, les techniciens… viennent alors compléter l'œuvre et le livret, lui donnant une dimension qui <<dépasse même les intentions du rédacteur>>, nous explique-t-il un peu déstabilisé. Ceci le dépossédant, d'une certaine manière, de son travail. Le créateur devenant alors une sorte de fantôme où le PPDA s'efface pour laisser la place à une équipe de réalisation. C'est peut-être ici que se trouve finalement la magie du théâtre et de l'opéra.
Jean-Luc Bohl, président de Metz-Métropole, mécène de cet opéra, ajoute : <<Ce spectacle est pour moi le prolongement parfait de l'exposition "1917" que nous avons proposée au Centre Pompidou de Metz. Je crois, que cet œuvre est véritablement populaire comme se doit de l'être, de façon générale, la culture>>. Cohérence et continuité sont donc les maitres mots ici et l'on se rappelle que dans cette aventure, qui demande des têtes d'affiche (PPDA), du talent (l'équipe), des lieux (le théâtre de Metz), de l'argent, ce dernier sans le talent ne serait qu'une voiture sans essence et que le talent sans l'argent ne reste être qu'une voiture sans chauffeur.
Dates des représentations :
– Vendredi 24 octobre à 20h
– Dimanche 26 octobre 2014 à 15h
Tarifs : à partir de 14 €
Location : Opéra-Théâtre de Metz Métropole 4-5, place de la Comédie à Metz
– 00 33 (0)3 87 15 60 60
Jean-Pierre Cour