...sur un air de fin d'un monde...
Cette dernière session du Conseil général traitait des orientations budgétaires de la Moselle mais c'est bien le dossier Mittal qui fut le point d'orgue de cette journée. Instants d'émotions et réalités économiques coexistaient dans ce dossier lors de cette dernière session de l'année où s'étalait désarrois et cruelle réalité.
Bon, concernant les capacités budgétaires de la Moselle, ça va. Surtout si l'on se compare à d'autres départements en quasi cessation de paiement. Bien sûr, il reste de nombreuses inquiétudes pour le futur, mais globalement, la Moselle tire encore son épingle du jeu et peut assurer l'ensemble de ses responsabilité et même au-delà. Reste que les charges dans le domaine social se développent de façon exponentielle non seulement sans compensation de l'Etat mais avec même des diminutions de ces dernières.
Sarko coupable, mais pas Hollande !
Pour autant, le cœur de cette dernière session de cette année concernait le sombre dossier Mittal. Mais comment dire publiquement la vérité sur ce dossier et dans le même temps avouer l'implosion définitive de la sidérurgie en Moselle ? Pour le groupe socialiste du conseil général et par la voix de Philippe Tarillon, au sujet de Mittal, il s'agit tout simplement d'une problématique macroéconomique mondiale qui absout et blanchit du même coup le gouvernement actuel et ses valses hésitations… issues sans doute d'une mauvaise communication. Tout au moins, chacun l'espère. La ministre Aurélie Filippetti y allait même d'un soutien appuyé au ministre du redressement productif et au président de la République. Elle ne pouvait faire moins, elle qui se sent enfumée par un Premier-ministre qui pense "politique parisienne" alors qu'elle reste localement estampillée par son marqueur de "fille d'ouvrier d'Audun-le-Tiche". Philippe Tarillon tentait donc pour sa part de faire comprendre que Gandrange, c'était la faute intégrale de Sarkozy mais que Hayange c'était la faute… à Mittal ! Pirouette d'ailleurs diversement appréciée par son groupe. En fait, ce que l'on a surtout compris c'est qu'il régnait au gouvernement une guerre au plus haut niveau qui passait par pertes et profits les élus locaux.
Où est l'Etat ?
C'est sans doute en réponse à cette vision dédaigneuse du gouvernement pour notre territoire que le maire PS de Hayange, Philippe David, créait l'émotion dans l'assemblée en soulignant que comme pour les musées de la mine de Neuchef, Forbach, Petite-Rosselle ou Stiring, l'air était pur aujourd'hui au-dessus des hauts-fourneaux… et que le site s'ouvrait donc au tourisme avec 59 hectares de friches industrielles bientôt à l'abandon en plein cœur de ville ! L'humour de la désespérance. Ici, le président de l'assemblée, Patrick Weiten assurait : <<Je comprends le cri de colère poussé par mon collègue Philippe David. Ce que l'on nous propose est mauvais. Très mauvais ! Nous n'avons aucune assurance pour le futur. Moi j'attends de savoir quel est l'engagement de l'Etat pour le nord mosellan. Aujourd'hui, en fait, on nous organise la défaite ! S'ajoute à cela que la destination des futures friches n'a pas été négociée. Profitons-en pour nous poser la question sur la pertinence industrielle sur ce site. Ici, on a perdu l'espoir et on a généré le désespoir !… Pour ce qui est du comité de suivi, je ne lui accorde aucune confiance. On aurait dû déjà anticiper sur un futur et un inévitable plan social qui se dessine à l'horizon qu'il nous faudra, nous, affronter. Il faudra réparer. Nous ne devons plus faire de polémique sur le dos des sidérurgistes… mais c'est vrai l'on ne sait pas où l'on va. Moi je pose la question aujourd'hui au gouvernement, quel est le projet industriel dans notre pays et pour notre continent ?>>. Ce débat se déroulait le 13 décembre dernier bien avant la pseudo fin du monde annoncée par quelques neuneu-ésotéristes pour le 21 décembre selon un très incertain calendrier Maya. Ce qui est sûr, par contre, c'est que nous assistons, nous ici en Lorraine, à la fin d'un monde : celui de la sidérurgie… qui suit de 37 ans celle des mines. De plus, ici, on a cassé l'espoir. Il ne reviendra pas.
Le futur industriel ne se dévoile pas dans le passé
Chacun se rappelle de ces "gueules noires" au désespoir. C'est quelque chose que nous devons ré-abriter encore une fois sur notre territoire qui semble ne cesser de tomber dans les gouffres successifs de l'obsolescence économique. S'ajoute à cela le caractère explosif de ce dossier à haute charge symbolique. L'émotion virile d'un Edouard Martin, héraut cédétiste de la lutte des sidérurgistes, vue sur toutes les télévisions, obnubile les politiques et bouleverse l'opinion. Certes… Mais cette médiatisation de l'émotionnel ne peut nous faire oublier que l'on ne mise pas sur l'avenir économique en pariant sur le passé et en voulant continuer à faire vivre artificiellement un mourant en état de mort clinique. La réalité ici est brutale, injuste, cruelle, désespérante… Mais c'est la réalité. On ne peut s'en absoudre, l'éviter ou faire comme si la chose n'existait pas. Pour le gouvernement, il est à savoir que dans un pays qui "produit" 1 500 chômeurs par jour, les 600 sidérurgistes de Florange ne sont pas une priorité réelle. Ce n'est qu'une priorité en termes de communication politique. Ça oui ! Mais ce n'est pas une priorité gouvernementale et la pseudo-nationalisation n'aurait été, en fait, qu'une lâcheté indigne des travailleurs mosellans ; qu'une façon inepte de repousser la réalité… De quelques années ? Peut-être même pas.
Questions
Par contre, là où le bât blesse à coup sûr, c'est sur le manque d'anticipation dont nous faisons preuve encre une fois dans cette affaire. Comment comprendre ce manque de vision stratégique alors que se trouve à l'Elysée un homme qui connaît bien les dossiers de la sidérurgie, Pierre-René Lemas, l'actuel secrétaire général de la présidence et ancien préfet de Lorraine et de la Moselle ? Et puis, qu'en est-il d'un plan social qu'il faudra bien un jour mettre en place pour ces sidérurgistes ? Qu'en est-il de la formation que nous allons offrir à ceux, rares heureusement, qui n'ont pas de filet social que la longue histoire sociale de la sidérurgie a pu installer ? Qu'en est-il du remaillage industriel de notre territoire ? Car l'on oublie là-dedans l'ensemble des sous-traitants de Mittal qui, eux, ont de vrais soucis à se faire. Autres questions : qu'en est-il de l'évolution équilibrée de ce droit du travail et de ces lois françaises qui rebutent tant d'entrepreneurs ? Qu'en est-il de la simplification administrative ? Qu'en est-il de cette revitalisation du territoire dont on nous rabat les oreilles ? Qu'en est-il d'un véritable soutien aux entreprises innovantes ?...
Miser sur le progrès
Il faut que les politiques, les syndicats, les médias etc, admettent et aient le courage de dire que l'acier lorrain ne vivra que s'il est compétitif en termes de prix et de qualité mais survivra pas en trayant l'argent public des poches des contribuables pour faire vivre artificiellement une industrie ou assurer le rêve collectiviste d'un ministre du redressement productif qui monte ici en ligne avec tambours et trompettes en agitant les oripeaux de jadis… mais sans armes. Et puis qui se rappelle que les nationalisations d'autrefois n'ont pas empêché les plans rigoureux de restructuration générateurs de chômage ? La Moselle comme d'ailleurs la Lorraine ne sortira d'affaire que si elles misent non pas sur le passé mais bien sur le futur ; sur l'économie de demains ; sur ses entrepreneurs. Le PS avait sur ce territoire, généré un véritable espoir. Pourquoi ? Parce que la gauche a toujours et historiquement misée sur le progrès à même d'apporter, par rebond, le progrès social… mais aujourd'hui, que nous propose Monsieur Montebourg ? Le retour aux vieilles lunes, à un concept ringard et couteux. De toute façon, il ne s'agit plus aujourd'hui d'être dans des combats de gauche ou de droite. Le vrai combat c'est de répondre utilement aux questions ci-dessus. Tout le reste est bavardage et est indigne du futur et des hommes qui feront notre demain. Mais rappelons-nous (et rappelons-leurs), que tout décideur est définitivement responsable des problématiques qu'il choisit d'ignorer.
Jean-Pierre Cour