Parité femmes-hommes : ce n'est pas encore fait !
A la croisée des regards
Parler de l'égalité femmes/hommes revient souvent à discuter de façon partielle et superficielle d'une problématique complexe. Alors, pour commencer, quand débute le champ de la modernité des relations hommes/femmes dans notre pays ? Le 21 avril 1944, il y a donc 70 ans, le droit de vote et d'éligibilité a été accordé aux femmes en France. Suite à cette première avancée a succédé le combat pour la parité qui tarde encore dans les sphères professionnelles et sociales. Lors de ce colloque (où l'on remarquait autant de femmes que d'hommes), le directeur de l'Ira (Institut régional d'administration), Mr François Chambon, pointait toutefois son désir de "croiser les regards" sur cette parité qui est devenue loi dans la fonction publique depuis le 12 mars 2012 et qui tend à favoriser l'égalité entre les deux sexes. Mais la vie ne s'habille pas de lois. L'important est la justice, non la loi. Mme Sabrina Sinigaglia-Armadio, "maîtresse de conférence" en sociologie, notait que les femmes et les hommes n'exerçaient pas et n'avaient pas les mêmes places du fait qu'ils ne suivaient pas le même cursus de formation. Par ailleurs, l'écart salarial serait de 27 % en moyenne au détriment des femmes. Autre carence, le temps partiel serait ici féminisé à 79,9 % avec, en contre coup des cotisations retraite incomplètes. <<Les femmes n'ont pas élevées dans la compétition et s'ajoute à cela le temps de travail domestique supérieur de deux heures par rapport aux hommes>>, expliquait-elle. Elle attachait à cela le fait que les structures d'aide, telles que les crèches, sont aujourd'hui conceptualisé par les hommes avec la prégnance de stéréotypes masculins. De fait, Bertrand Kaufman de l'Insee, constatait aussi que les femmes étaient moins insérées dans le monde du travail que les hommes. Ceci surtout dans l'industrie où les hommes sont surreprésentés. Pour sa part, Nouria Yahi-Boggio, déléguée régionale au droit des femmes et à l'égalité en Lorraine, était globalement inquiète concernant la Lorraine car elle y constatait une augmentation du temps partiel pour les femmes et de plus en plus de poche de pauvreté les concernant. Elle remarquait également que la Lorraine était très en retard par rapport au Luxembourg ou la Belgique pour ce qui est de la création d'entreprise par des femmes.
Les femmes supérieures aux hommes au Luxembourg
Dans le domaine de l'entreprise, Mme Cynthia Marrocu, chargée de la diversité au sein du groupe Batigère, notait pour sa part que si la sensibilité à la parité n'est pas un élément et un critère d'évaluation pour l'entreprise, il fallait prendre en compte le prix de cela car cette prise en compte génère un coût. De son côté, Jean Ries du Statec (l'équivalent de l'Insee au Luxembourg), étonnait en révélant qu'au Grand-Duché, les femmes étaient mieux payées que les hommes (les salaires sont ici les plus fort d'Europe pour les femmes – étude 2010). L'explication en est que les femmes travaillant là-bas œuvrent dans des secteurs mieux rémunérés que celui des hommes. De fait, les femmes sont plus qualifiées mais, pour autant, les hommes ont plus de chance de trouver du travail que les femmes. S'ajoute à cela que cette posture originale des femmes touche le secteur des services qualifiés nécessitant plus de cadres mais que les fonctions de haute direction restent toujours l'apanage des hommes au sommet de la pyramide directoriale.
Pas de sens à l'Histoire
Pour sa part Roger Cayzelle, président et représentant les Conseil économique, social et environnemental de Lorraine, notait de façon plus globale : <<Mauvaise nouvelle ! Il n'y a pas de sens à l'Histoire. Les choses vont dans les deux sens. En avant et en arrière. Cela concerne aussi le rôle et la position des femmes. Les risques de retour en arrière sont permanents. De façon positive, l'on peut tout de même constater que la France est l'un des rares pays au monde à imposer de façon autoritaire la parité. Le Luxembourg ne le fait pas. On est juste dans la modernité mais l'on est aussi dans la nostalgie sur ce problème. Il faut faire attention car toute société à tendance à s'orienter naturellement vers la discrimination>>.
Aujourd'hui, la France est passée de la 45e à la 16e place dans le classement du Forum économique mondial sur la parité. Un bond dont il est possible de se féliciter même si notre pays a encore des lacunes sur le plan de l'égalité salariale. Par ailleurs, lorsque l'on parle des femmes, il ne faut pas oublier que leur vie (comme pour les hommes), ne se résume pas à la sphère professionnelle. Parler des femmes, de leur égalité professionnelle, est une chose. Mais il ne faut pas oublier les trop nombreuses violences faites aux femmes. Le débat n'est donc pas étanche et englobe finalement notre vision de la société. La loi sur la parité comporte nombre d'écueils car il est toujours dangereux de transformer une belle idée en doctrine. De fait, n'est-ce pas ici la meilleure façon de lui nuire ? En effet, d'aucuns pourrons argumenter qu'une intrusion de l'État dans la vie privée, familiale, éducative, pour promouvoir une société où l'on ne tiendrait plus compte des différences de façon absolu ressemble furieusement à ce totalitarisme mou qu'évoquait Tocqueville.
Les femmes sont des hommes d'un autre sexe ?
Lorsque nos décideurs politiques parlent d'égalité entre les hommes et les femmes, ils oublient trop souvent de parler des différences qui caractérisent chacun des deux sexes. Aujourd'hui, la question de la parité rassemble. Là où il n’y a pas de loi, il n’y a pas de liberté. Mais c'est la question de l'équilibre qui fera tout. Et surtout son succès ! L'équilibre, donc, et la reconnaissance de l'individualité. La culture sexiste est en effet un fruit de l’histoire, elle est relative et n’a donc aucun fondement naturel. Le machisme repose sur une vision de l’homme étriquée qui prend la performance comme critère de virilité. Il faut donc des hommes féministes. Mais le danger est que la normativité égalitaire risque de rende le féminisme banal. Lors de ce colloque, l'on parlait abondamment d'égalité. Une notion pourrait bien la compléter : et si l'on parlait aussi d'équité ? L'on y parlait aussi beaucoup "d'intégration des femmes". Les questions que l'on peut aussi se poser sont : Pourquoi vouloir intégrer les femmes dans un système masculin construit par eux et ne répondant pas forcément à une vision féminine de la société ? Pourquoi voudrait-on en faire, finalement, des "hommes d'un autre sexe" ? Pourquoi ne pas vouloir créer des "systèmes féminins" basés sur un regard différent de celui des hommes et donc plus fécond concernant notre société tout en ne s'excluant ni l'un ni l'autre ? N'est-ce pas là une solution plus moderne que de vouloir simplement faire perdurer un système de base masculine ? En fait, à ce jour, dans le domaine d'une coexistence bien comprise entre les femmes et les hommes, il semble que les acteurs de la parité, les gouvernants, les responsables, les politiques d'aujourd'hui ne veulent pas des conséquences des causes qu'ils défendent.
Jean-Pierre Cour