Tonique jeunesse lorraine

Publié le par JPC

Afin d'actualiser ses connaissances, le Conseil économique et social de Lorraine (CESL) a réalisé une étude sur la situation actuelle des jeunes en Lorraine. De la vie de ces jeunes Lorrains, cette étude en donne une vision très globalement positive même si quelques points noirs demeurent.

Une étude en date de 1995 s'intitulait de façon pessimiste (et un peu plate) : "la Lorraine a mal à ses jeunes". Cette locution était vainement déprimante et, finalement, n'éclaircissait rien. En cette fin de mandature, le CESL s'est donc engagé, par "autosaisine" (se chargeant elle-même d'une mission à transmettre aux élus régionaux) de faire le point sur les jeunes Lorrains de ce début de siècle. Ce regard-ci, plus tonique, s'appelle : "les jeunes, un atout pour la Lorraine". Trois entrées forment la trame de cette étude : statistique, où l'on découvre qu'il n'existe plus de parcours linéaire et que le temps entre la fin des études et l'entrée dans la vie active est de plus en plus longue. Seconde entrée d'analyse pour cette étude : les initiatives locales. Et enfin, troisième et dernière entrée d'analyse la variété des jeunes choisis dans une tranche d'âge de 16 à 25 ans. Ce qui ressort tout de suite et de façon globale de cette approche est le fait que les jeunes sont bien sûr face à des difficultés mais font en sorte de s'en sortir. Ils n'attendent pas qu'on les plaigne ou qu'on les protège mais ont plutôt besoin d'un coup de pouce, d'un conseil, d'un accompagnement au moment opportun. Le piège dans lequel il ne fallait pas tomber et qu'évite cette étude est qu'il ne faut pas aujourd'hui plaquer les inquiétudes et les fantasmes de la population précédente sur cette nouvelle génération.

Points noirs
Dans les points noirs relevés par cette étude l'on trouve la mauvaise prise en compte du fait sanitaire. Aujourd'hui, 10 % des jeunes vont mal. Et ce mal-être s'exprime dans la totalité de l'éventail de la médecine ; des soins psychologiques aux soins médicaux et dentaires. Autre évidence pointée par ce travail d'analyse : le système actuelle d'orientation imposé aux jeunes manque de finesse, de compétence et de souplesse. C'est extrêmement grave. La raison en est, pour partie, du fait que le rythme de vie des jeunes est plus compliqué que celle de leurs pères. Aujourd'hui, les personnels, les moyens et techniques d'orientation sont à rebâtir jusqu'à leurs fondations. Ainsi, cette jeunesse demande des choses inconnues de leurs aînés comme le droit à l'erreur ou le droit à l'échec, il demande encore le droit de changer radicalement de voie. Cette attitude et ce mode de vie est faussement prise en compte dans l'expression, "c'est la génération du zapping". Ce n'est pas du tout le cas. La remise en cause complète de leur vie est pour eux un droit comme la possibilité de faire un "break" (une pause) dans leur vie. Cela bouscule alors le système monolithique imposé par notre société. Aussi, à la sortie de l'université 17 % des jeunes sont issus du monde ouvrier alors que 43 % ont des parents "cadres". Dans le même temps, 25 % au moins des étudiants lorrains travaillent pour payer leurs études. Tout cela est dérangeant pour les décideurs de tous poils qui ne peuvent plus plaquer les certitudes qui les arrangent sur cette nouvelle population. Cela produit des implications déconcertantes dans le monde politique, associatif et plus simplement humain. Il faut donc reconsidérer tous nos schémas. Et mieux encore, en inventer de nouveaux.

Identité et engagement
Dans le domaine du sentiment d'appartenance, on note que les jeunes Lorrains se sentent très majoritairement européens voire mondialiste et très peut "Lorrain". Il n'existe pas pour eux d'identité lorraine ressentie comme telle. Vivant le melting-pot, ils l'envisagent comme une réelle richesse. La ville avec laquelle ils se sentent le plus en adéquation en Lorraine est Nancy. Metz étant ressentie comme une "ville de vieux" où rien ne se passe. La chose est étrange lorsque l'on regarde l'université de Metz qui se trouve géographiquement en plein cœur de la ville. Il n'existe aucune interaction entre ces deux entités. Autre vecteur d'appartenance, l'engagement des jeunes. Celui-ci existe mais se distingue des schémas convenus par l'aspect distancié dans lequel les jeunes l'envisagent. Il est d'abord limité dans le temps et les jeunes ne veulent pas se sentir "embrigadés". Autre aspect actuel de l'engagement des jeunes, ils n'envisagent cet engagement personnel essentiellement dans une perspective de proximité. Ils pensent qu'il y a suffisamment à faire autour d'eux pour ne pas aller chercher plus loin (soutien scolaire dans son quartier etc…).

Propositions concrètes
Les propositions présentées par le CESL montrent (et sont issues du fait) que très globalement l'orientation est mal vécue par les jeunes et qu'il faut repenser complètement celle-ci en donnant une priorité à l'écoute et au conseil personnalisé. Par ailleurs, il est vital de rendre l'enseignement supérieur plus attractif et plus accessible. Afin d'arriver à une orientation de qualité, il faut réorienter la première année d'université (obligatoire) pour en faire une année utile pour tous ; une sorte de plate-forme où l'étudiant, comme un avion de l'aéronaval sur un porte-avion, peut faire un "touch and go" (apponter et décoller) afin de prendre le temps de poser ses ambitions, d'envisager ses réelles capacités et, enfin, de s'envoler vers un avenir en cohérence avec ses désirs et aptitudes. Autre priorité soulevée par cette étude : générer un effort prioritaire sur le logement des jeunes (universitaires ou non). Aujourd'hui, le logement des jeunes est plombé par l'insuffisance de l'offre et la rapacité frileuse des logeurs. Il est donc nécessaire que la Région lorraine réponde aux problèmes de cautions et de garanties. La médecine préventive universitaire est aussi totalement négligée et là aussi un effort important est à prévoir. Dans ces deux derniers secteurs, il ne suffit plus de boucher les plus grosses carences à coups de saupoudrage de subventions mais bien d'investir massivement. Le Conseil régional serait donc là bien inspiré de s'engager dans ce vaste et coûteux chantier plutôt que de vouloir séduire de nouveaux résidants en leur montrant la lune ou de créer un artificiel "Conseil régional des jeunes" pratiquement absents lors de cette session tout comme l'étaient les représentants du Conseil régional.

Et encore d'autres…
Autre proposition de l'étude, l'accès facilité et gratuit des jeunes vers le BAFA (brevet d'aptitude aux fonctions d'animateurs) aujourd'hui coûtant 700 euros aux jeunes de bonne volonté qui veulent s'engager à soutenir et animer des associations dont ont connaît aujourd'hui la capacité de "lien social". Le BAFA est la première démarche d'engagement des jeunes. En 2005, 2 000 jeunes avaient reçus et payés de leur poche ce brevet. La démarche de soutien est évidente lorsque l'on sait que ces associations remplacent de plus en plus l'expression sociale de l'État français qui se désengage sur tous les fronts par manque de moyens. Dans ce domaine, il est aussi essentiel de relancer la lutte contre l'illettrisme des jeunes contre lequel semble bien inopérante l'Éducation nationale dont c'est pourtant la vocation première. Les règles d'accès à la formation des jeunes en recherche d'emploi devraient aussi s'assouplir en confortant, pourquoi pas, ici le rôle de l'entreprise.

Faire des choix
Ces analyses pointent aussi le fait qu'il existe une multiplicité d'acteurs en Lorraine mais qu'il y manque cruellement une politique d'ensemble du fait d'une incompréhensible carence de décision. On laisse les choses se faire d'elles-mêmes. Il faut donc pérenniser l'encadrement des clubs et associations et contractualiser leur fonctionnement tout en redéployant de façon logique les équipements sportifs sur l'ensemble du territoire… Sans oublier de conforter ce qui marche. En gros, l'engagement des jeunes existe et est une réalité mais n'est pas assez reconnu ni valorisé. Pour cela, il faut aussi sortir les "aides aux initiatives" du cercle des initiés. Par exemple, dans le domaine des échanges européens, la demande des jeunes est forte mais les dispositifs restent confidentiels.

La conclusion de cette étude qui, sans être exhaustive représente pourtant bien la réalité lorraine, est que la vie d'adulte de ces jeunes se passera bien si le coup de pouce donné dans la jeunesse est donné au bon moment. Il faut donc régénérer notre regard sur les attentes de cette jeunesse et se rappeler que l'accompagnement des jeunes les plus fragiles, même s'ils ne sont pas les plus nombreux et se situent à la frange, doit rester une priorité.

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Publié dans jpcpresse

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