Scénario rose en France et bleu en Moselle
L'extrême droite souvent sous-estimée dans les sondages vient encore de démontrer la chose en Moselle. Si, dans les grandes villes, la gauche arrive à tirer son épingle du jeu, ce n'est pas la même chose ailleurs. En Moselle, Hollande fait 24, 53 %, Nicolas Sarkozy 25, 93 et Marine Le Pen 24, 73 %.
Marine Le Pen est bien le signe extérieur visible d'une crainte intérieur. C'est le vote de la peur ; peur du futur et du désenchantement face aux discours politiques. Car si le vote Jean-Luc Mélanchon du Front de Gauche exprime la colère, c'est donc bien la crainte, exprimée par le vote Marine Le Pen, qui domine en Moselle. Pour preuve, une ville symbolique comme Gandrange offre 22, 03 % de ses voix à marine Le Pen, 14, 87 % à Nicolas Sarkozy et seulement, pourrait-on dire, 23,23 % à François Hollande. J-L Mélanchon, pour sa part ne recueillant que 7, 57 %. Soit un total (hors autres petits candidats) pour la droite de 36, 90 % et 30, 80 pour la gauche dans cette ville ouvrière.
Il est à noter que les territoires jouxtant les frontières allemandes ou luxembourgeoises font la
part belle à la droite et à l'extrême droite. Roger Cayzelle, le président du Conseil économique, social et environnemental de Lorraine, plutôt positionné à gauche, explique : <<Un tel rejet pour un président en place est une première. Mais elle est sans surprise. Pour autant, le bon score national de François Hollande ne génère que peu d'espoir pour la Lorraine. Je n'espère guère de changement pour les préoccupations des Lorrains. Ici, Nicolas Sarkozy paye cash sa maladresse de Gandrange>>.
Thierry Gourlot, du Front National, exprime son satisfecit : <<On ne va pas bouder son plaisir ce soir. La chose marque la désespérance de la population et aujourd'hui nous, nous ne désespérons pas d'envoyer des députés à Paris aux prochaines législatives>>.
De son côté, Jean-Marc Todeschini, sénateur socialiste et secrétaire général du PS en Moselle nous expliquait : <<La colère s'est exprimée en Moselle. L'électorat, ici, est désappointé, perdu, mais je sais que la Moselle n'est pas d'extrême droite. Il faut aider les gens à comprendre leur intérêt à voter François Hollande. Nous avons devant nous un gros travail d'explication. Les campagnes sont à reconquérir. Toutefois à Metz, nous avons fait un très bon score avec François Hollande qui a fait 29, 9 % des voix et Mélanchon 10, 9 %. Sarkozy fait, lui, 26, 7 % et Marine Le Pen 17, 3 %>>. Pour sa part, Daniel Béguin, élu des Verts au Conseil régional,
juge la campagne des écologistes désastreuses et considère qu'il est aujourd'hui difficile pour eux de négocier avec le PS. Il complète : <<Eva Joly fut une erreur de casting. Moi, je militais pour Nicolas Hulot. On vient de louper une sacrée marche !>>. Comme ailleurs en France, en Moselle, le centre de François Bayrou s'effondre à l'avantage des votes extrêmes avec un score à 9, 29 %.
La chose serait peut-être différente si le vote blanc était pris en compte. Ce n'est pas le cas aujourd'hui puisque l'article L66 du code électoral, dans sa version consolidée au 17 mars 2008, disposait que "les bulletins blancs n'entrent pas en compte dans le résultat du dépouillement", ce qui revient, en pratique, à les assimiler au vote nul lors de la proclamation des résultats. C'est une disposition que les prochain députés auront en charge de faire évoluer… mais il y a peut de chance que les choses changent puisque cette prise en compte du vote blanc déshabillerait la plus grande majorité des partis politiques qui verraient la mise en lumière de la distance qui existe entre leurs appareils politiques et les Français.
Si, comme nous le disions plus haut, le vote FN est inspiré par la peur et le dégout de la sphère politicienne, dans la vallée de la Fensch, comme à Florange ou encore dans la très symbolique ville de Gandrange, le vote FN monte en puissance de même que dans les bassins houiller et sidérurgique. Le FN réalise là une vraie percée. Il faut dire aussi que le Front National s'est adapté au territoire. Le discours et la présence de Marine Le Pen ont aussi été un élément déclencheur alors que nombre d'électeurs n'auraient jamais votés pour son père. Dans ces secteurs existe un réel sentiment d'abandon par les partis de gauche vus comme une assemblée de notables ou de "Bobos". C'est sans doute pour cette raison que François Hollande veut donner le droit de vote aux immigrés afin de remplacer cet électorat ouvrier que le Parti socialiste a perdu. Le vote Le Pen est aujourd'hui encore un vote protestataire, mais comme tout vote protestataire, il évoluera inévitablement vers un vote d'adhésion.
Jean-Pierre COUR