"Risques islamiques" en Russie selon l'ambassadeur de France
Selon l'ambassadeur de France à Moscou, Jean de Gliniasty, la Russie pourrait s'engluer dans une guerre comparable à ce qu'a vécu la France avec la guerre d'Algérie avec la création d'un grand émirat islamique au nord, à l'Est et au sud-ouest de la Russie liée à de nombreuses républiques aux régimes politiques instables.
Dans un entretien privé que nous accordé l'ambassadeur de France à Moscou, Jean de Gliniasty, ce dernier nous apprend que l'Islam est aujourd'hui la deuxième religion en Russie par le nombre de ses adeptes. Selon diverses évaluations, 11 à 22 millions de musulmans vivent sur le territoire de la Fédération de Russie, soit 8 à 15 % de la population du pays. En réalité, il n'est pas exclu que la Fédération de Russie compte en fait 30 à 40 millions de musulmans selon les services de renseignement français. Ce n'est pas par hasard que Vladimir Poutine a lancé sa politique de rapprochement entre Moscou et l'Organisation de la Conférence islamique. Les musulmans de Russie appartiennent aujourd'hui à 40 ethnies. Les plus nombreux sont les Tatars (plus de 5 millions, ils constituent 4 % de la population de la Russie, soit la deuxième place après les Russes), les Bachkirs (plus d'un million) et les Tchétchènes (environ un million). La majeure partie des musulmans de Russie sont sunnites. Le fait que cette mouvance religieuse se trouve, pour l'essentiel, dans les nouvelles républiques en périphérie de la Russie pose un problème stratégique à cette dernière d'autant que l'armée russe commence à accuser son âge du fait d'une technologie dépassée qui la rend assez impuissante à maintenir le pouvoir russe. Dans un entretien que l'ambassadeur de France à Moscou nous a accordé, ce dernier explique que l'instabilité des républiques à majorité musulmane pourrait, dans un proche avenir, dégénérer en conflit avec le pouvoir central russe.
Une situation volcanique
Selon notre confrère Fabrice Nodé-Langlois, journaliste à Moscou, la situation politique en Russie pourrait également subir de brusques soubresauts suite à la crise financière qui a particulièrement touché le pays. Par ailleurs, la période a été riche en événements forts peu propices à donner une image positive de la Russie : la guerre du gaz de janvier 2006 ; des tensions croissantes entre Moscou et Washington au printemps 2006 ; les émeutes raciales à Kondopoga ; les difficultés des compagnies pétrolières étrangères ; la chasse aux Géorgiens de l'automne 2006 ; l'assassinat d'Anna Politkovskaïa ; celui d'Alexandre Litvinenko au polonium jusqu'à la guerre de Géorgie. Ce journaliste en poste depuis trois ans à Moscou est également sceptique sur les capacités russes à transformer son économie selon les merveilleux plans Poutine 2020. Sceptique aussi sur la faculté du pouvoir à éradiquer rapidement la corruption qui se nourrit du manque de transparence et de démocratie. Il demeure également inquiet de la situation dégradée dans le Caucase et soucieux d'un nationalisme crispé et d'un racisme trop répandu. Il se montre aussi préoccupé d'une société qui a, par certains aspects, l'air d'une friche morale, à l'image des immensités rurales abandonnées. Enfin, il se dit embarrassé par l'état sanitaire de la population et par la démographie. L'ensemble de ces éléments montrent une Russie crispée au devenir plus incertains que ne l'imaginent les experts occidentaux. Une Russie prête à toutes les explosions.
Jean-Pierre Cour