Les intuitions de J-P Masseret

Publié le par JPC

 A l'occasion d'une conférence de presse en amont de la session du Conseil régional dont il préside la destinée, Jean-Pierre Masseret a fait le point sur plusieurs dossiers lorrains et a fait part de ses visions du futur lorrain. La fiscalité, l'aéroport Metz/Nancy/Lorraine, l'emploi et la Grande Région étaient au cœur de ses prédictions.

 

photo-1---VISIONS-PRESIDENTIELLES-photo-JP-Cour-copie-1.jpgGouverner c'est prévoir. C'est une maxime incontournable et une obligation pour tout manager. Mais c'est aussi une sorte de malédiction supportée par tous les politiciens qui ont le bonheur (le malheur ?) d'être élu. Heureusement, et comme la grosse majorité des Cassandres, Pythies et autres prophètes, ces derniers se trompent une fois sur deux. Bref, en ce début d'automne, c'est le tour de J-P Masseret de se prononcer sur sa vision de ce que nous devrions vivre dans les mois et l'année qui vient. Reste donc maintenant à savoir lesquelles de ses prédictions se verront avérées. Vu l'ambiance et l'avenir décrit… on en vient à souhaiter que les puissantes capacités d'analyse du président de région soient prises en défaut. Concernant la fiscalité, ce dernier a indiqué que la perte cumulée due au nouveau système de fiscalité serait estimée par lui à 74 millions d'euros sur la période 2010-2014 (34 millions d'euros dus à la réforme de la taxe professionnelle et de la taxe foncière et 40 millions d'euros consécutifs au gel des dotations de l'État). De fait, et selon ses calculs, il annonce un manque de cent cinquante millions d'euros si l'on ajoute les transferts de charges non compensés par l'État. Du coup, il avoue qu'il devra faire avec… mais avec moins. Souhaitons pour lui qu'il se trompe car sinon cela voudra dire que nous devrons y aller, pour notre part, de notre porte-monnaie.

 

Comme un avion sans ailes…

Pour ce qui est de l'aéroport de Metz/Nancy/Lorraine, propriété de la Région, Jean-Pierre Masseret a affiché sa volonté de vendre au plus vite cet outil qu'il juge encombrant et insuffisamment professionnel. Il note que plus de 717 000 d'euros ont été engagés par l'institution régionale dans cette aventure. La contribution de l'État de 350 000 d'euros traînait et l'on redoutait que le gouvernement ne reconnaisse pas la créance. Le Préfet de région l'aurait toutefois rassuré là-dessus. Dès que cet argent sera versé, la Région se dépêchera d'auditionner le consortium candidat à l'exploitation future de l'aéroport (le groupe canadien Lavalin est la seule société candidate pour l'instant), qui disposera d'un délai de 10 mois de réflexion pour devenir ou non le pilote de l'opération (pas de l'avion !). La Région souhaite mettre dans la corbeille de mariage la question du très hypothétique fret ferroviaire dont le nouvel exploitant devrait se charger histoire de trouver une utilisation pour l'actuelle gare TGV de Louvigny… et par rebond crédibiliser la future gare suspendue de Vandières qui reste encore à financer.  

 

N'ayez pas peur !

Concernant la situation économique de la région, cette dernière reste liée à l'emploi et auphoto-2---VISIONS-PRESIDENTIELLE.jpg pouvoir d'achat, et donc à une nouvelle forme d'attractivité de notre territoire. Jean-Pierre Masseret précise que sa stratégie économique repose sur trois piliers : la recherche de partenaires, la gestion des mutations économiques et le soutien à l'économie de proximité. Selon lui, aucune structure, institution ou territoire ne peut aujourd'hui vivre seul et mener une politique autonome. Chacun a donc besoin de l'autre. Il invente là une sorte de communisme à l'envers où la nécessité de discuter ensemble pour trouver des réponses efficaces aux préoccupations des gens devient le dogme d'une nouvelle gouvernance même si l'on sait bien que ce qui sert à tous viendra du portefeuille de tous. Ce n'est pas nouveau. Le financement multipolaire devenant dès lors, à tous les étages du millefeuille républicain, l'alpha et l'oméga du nouveau catéchisme idéologique financier de la Lorraine. <<N'ayez pas peur !>>, ajoute-t-il messianique en reprenant les mots de Jean-Paul II. On voit déjà que l'on est bien là dans l'acte de foi, voire même… une foi appuyée par la méthode Coué.

 

Cellule grise

Concernant notre espace transfrontalier, c'est sans rire que le président de Région a affirmé son intérêt et son engagement pour la Grande Région. Bravo ! C'est à la fois totalement inattendu et sympathique. Depuis avril, il nous dit avoir mis en place au sein du Conseil régional une cellule administrative, sorte de "cellule grise" (comme d'autres ont des éminences grises), dirigée par son ancien directeur des services, Jacques Sens, qui trouve là l'occasion de s'occuper et de prendre enfin en compte le dossier des frontaliers et du "fait" Grande Région. Espérons que cette "cellule grise" aura toutefois, et très vite maintenant, quelques contacts synaptiques. Donc, virant à 180°, J-P Masseret jure aujourd'hui la main sur le cœur, qu'il souhaite "animer" la Grande Région dont il aura la présidence à partir de janvier. Ceci en partenariat avec l'État et les départements lorrains, autour des dossiers concrets de la vie quotidienne… mais qui restent aujourd'hui à définir. Pourtant, les dossiers concrets sur les frontaliers et la Grande région, on les connaît, et depuis longtemps. En tout cas, bravo pour ce virage tout aussi important qu'inespéré.

 

Pitié pour la Pythie

Pour résumer, voilà les quatre formules de notre futur en Lorraine : Déficit régional abyssal annoncé ; impôt brutal et local présagé. Aéroport vendu aux Canadiens ; fonds perdus pour les Lorrains. Autonomie régionale réduite ; appel à monnaie induite. Grande Région connectée ; cellule grise enfin réveillée. On est à même de constater, dans cet exercice, que la politique s'apparente de façon générale à la pareidolie, ce phénomène qui nous fait reconnaître des formes intelligibles dans un certain chaos. Comme, par exemple, reconnaître un visage ou la forme d'un animal dans les nuages. Pour nous rassurer, il est certain que personne n'est assez savant pour assurer et s'assurer que c'est bien là notre futur annoncé puisque la politique se nourrit traditionnellement de problèmes mal posés. L'erreur est humaine et rien de ce qui est erroné ne peut nous être étranger, dit la sagesse populaire. Reste alors à espérer que seule la moitié des sombres présages prédits se réaliseront.

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