L'affaire du voile intégral : Ne pas se voiler la face
Woippy : Le député-maire UMP de Woippy (Moselle), François Grosdidier, explique sa position vis-à-vis du voile intégral. Il est contre une loi nationale mais il est tout aussi opposé au port de ce voile. Paradoxe ? Explications.
La ville de Woippy possède une forte communauté musulmane et la question du voile intégrale y est donc naturellement, comme en France, une question d'actualité. Nous avons interrogé le premier édile, François Grosdidier, qui souhaitait nous exposer clairement sa posture ayant l'impression que sa démarche n'avait pas bien été comprise par les autres médias lorrains qui avaient relayés ses dires.
JPC : Avez-vous de nombreuses femmes portant le voile intégral sur votre commune ?
F.G : Extrêmement peu. Dans une commune dont plus du tiers de la population est de confession musulmane, je compte sur le doigt d'une main les femmes portant ce voile. Ce problème est donc très marginal. Mais ce n'est pas une raison pour que l'on n'arrête pas ce phénomène et que l'on n'empêche pas son développement. Le débat sur ce voile est aujourd'hui surdimensionné. Pour autant, ce débat existe et on en discute dans tous les cafés de France ; il faut donc le traiter.
JPC : Vous êtes parlementaire, et pour autant, si l'on comprend bien votre position, vous ne souhaitez pas la création d'une nouvelle loi sur le sujet.
F.G : Il faut être plus nuancé. Je ne souhaite pas, et j'ai prévenu Jean-François Copé que je voterais contre une loi d'interdiction générale. Je me rapproche en cela des conclusions de la mission d'information conduite par le André Gérin et Éric Raoult. Pour plein de raisons, il faut empêcher le développement de la burqa. En premier le statut et la dignité des femmes, le caractère insupportable pour ceux qui le rencontre et l'islamophobie qu'elle génère naturellement. Personnellement je me sent très mal à l'aise devant une femme en burqa j'ai l'impression d'avoir Dark-Vador en face de moi ! On ne peut pas communiquer naturellement avec une personne dont on ne voit pas le visage. Quand on choisi un objectif, il faut se donner les voies et les moyens les plus appropriés. Ici, Jean-François Copé cherche à faire un coup politique en doublant à droite Nicolas Sarkozy sur un sujet où il sait que 80 % des Français peuvent avoir une position relativement primaire ne connaissant pas bien la réalité du problème. C'est donc un coup politique qui, sur le terrain, sera complètement contreproductif. Que propose Jean-François Copé et que propose la mission ? Jean-François Copé propose une loi d'interdiction du voile sur l'espace public. C'est-à-dire sur le pas de porte et dès que les femmes voilées mettent le pied sur le trottoir. Que propose la mission parlementaire ? Et je suis pour ces propositions ; elle propose d'abord une résolution solennelle qui aurait l'avantage d'être adoptée à l'unanimité des parlementaires donnant beaucoup plus de force qu'une loi qui ne serait votée que par une fraction de la majorité. Cet avis unanime dirait que le voile intégral ne doit pas être porté sur le territoire de la République et qu'il représente l'exact contraire du "vouloir vivre ensemble" qui caractérise la République française. Ce serait ensuite une suite de règlements qui interdiraient le port de la burqa dans un grand nombre de situations, d'espaces ou d'édifices publics. Cela a l'avantage d'être immédiatement opérationnel alors qu'une loi d'interdiction générale mettrait un certain temps à être promulguée. Il faut souvent pas moins de six mois pour qu'une loi soit promulguée. Pendant ce laps de temps, les voiles intégraux seront "légaux" et l'on ne pourra pas empêcher de les porter, ne serait-ce que par provocation… Je sais ce que qu'est la provocation dans les quartiers, je la vis tous les jours sur d'autres sujets… Et l'on verra alors le nombre de voiles se multiplier même de la part de femmes pas du tout attachées à la religion. Ceci par dix ou par cent, sans avoir aucun moyen d'arrêter la chose n'en serait-ce qu'en raison des délais d'adoption et d'application. On a, dans le domaine réglementaire, une batterie de dispositions qui peut tout de suite l'empêcher. Il y a toutefois des dispositions législatives qui peuvent être nécessaires. Je pense notamment aux services de transports publics. Et là, je suis pour. Par ailleurs, tout un pan de la commission concerne des plans de médiations. Il s'agit d'abord de convaincre les femmes de ne pas le porter. De convaincre les hommes, même en forçant un peu voire en menaçant si ce sont les hommes qui imposent aux femmes de la porter. Ce qui n'est pas toujours le cas. L'objectif, c'est que ces femmes ne le portent plus. Or, une loi d'interdiction générale ne représente que des inconvénients. D'abord, elle court le risque de non-conformité à la Constitution ou au droit européen. Et une censure, même très partielle, de la loi sonnerait une victoire de salafistes. De plus, même conforme, elle serait pratiquement inapplicable. Moi, ici, je ne saurais pas, sur l'espace publique, faire arracher par mes policiers municipaux, le voile à des dames. Il faut que l'on m'explique comment on peut faire ! Là, je déclare forfait et je ne veut pas voter de lois que je ne sauraient pas faire appliquer dans la commune. Et même si cette loi était appliquée, quel serait le résultat ? Les femmes ne seraient plus enfermées sous un voile mais chez elles ! Le problème ne sera plus visible mais les femmes vivront encore dans l'enfermement sous le regard de leurs enfants. Je regrette donc que pour des enjeux internes à ma famille politique on ne se perde alors que l'on avait une occasion magnifique, dans l'unanimité nationale, de marquer les principes de la République et de les rendre effectives.
JPC : Même sans loi et avec vos propositions, vous aurez sans aucun doute encore beaucoup de mal à demander à une femme d'enlever son voile. Et cela en plus par la force de la part de la Police municipale.
F.G : Je n'ai pas attendu le débat national. Et dès que j'ai vu une burqa à Woippy, j'ai interdit, par exemple, que l'on remette un enfant à la sortie des écoles à une personne non identifiable ; pour interdire, qu'à la mairie, on remette des documents administratifs ou des pièces d'identité à une personne non identifiable. On ne peut pas non plus rentrer avec un voile intégral dans une banque. Donc on peut, sans textes, être ferme sur le terrain. Et je le suis. Il y a un certain nombre d'autres situations que l'on peut régler par la voie réglementaire. La loi ne peut être nécessaire que dans les transports publics. Alors qu'on l'adopte. Mais uniquement là-dessus. Et ici, à Woippy, en plus de ces interdictions, on a mis en œuvre la médiation et la conviction. On explique à ces femmes que le voile n'est pas "religieusement" demandé et que dans la vie pratique, qu'il devient un énorme inconvénient.
JPC : N'est-on alors pas, là, à la limite de l'exercice du maire républicain puisque l'on pénètre tout de même ici dans la sphère privée ?
F.G : On ne parle, heureusement, que du voile intégral dans l'espace publique. Cela dit, c'est tout de même la première fois que la République dit aux gens comment ils doivent s'habiller. Il y a d'autres tenues provocantes ou choquantes qui sont portées sans réaction. C'est pour cela qu'il y a un vrai risque constitutionnel. On ne va pas revenir sur toutes les thèses de "tribalisation" de notre société qui se crées et qui, d'ailleurs, ne partent pas forcément d'origines ethniques ou religieuses. C'est clair qu'il y a une islamophobie latente même chez des gens qui ne sont pas du tout "racistes" sur les autres sujets. La France n'est pas raciste et les cotes de popularité des personnalités française sont là pour le prouver. Rama Yade est la femme politique la plus populaire et, côté sportif, c'est Yannick Noah. La France n'est pas raciste, mais la France est quelque part un peu islamophobe. Je ne parle pas des minarets qui ont effectivement une architecture agressive, mais dans les sondages sur "la possibilité de construire des mosquées en France", il y a 40 % des Français qui sont contre et seulement 30 % pour. Le reste est sans opinion (30 %). Il faut comprendre que c'est la première fois depuis très longtemps qu'une majorité sociologique conteste le simple droit d'exercice du culte à une minorité religieuse. Même si elle est importante puisque l'islam est aujourd'hui la seconde religion en France. Donc, cela est inquiétant. Il y a pour cela plein de facteurs et l'on parle beaucoup des musulmans qui posent problème ; les terroristes ; ceux qui mènent des guérillas ou encore dans l'actualité internationale…
JPC : Je reviens au voile ; ce dernier n'est-il pas le signe que ces jeunes femmes ne retrouvent plus leur place dans leur propre famille et s'engagent dans des groupes claniques qui pallient, en fait, à cette absence d'ossature familiale ?
F.G : On a de cela aussi. Et beaucoup. Les imams et les responsables de regroupements cultuels font d'ailleurs très attention. On a là des gens qui font un retour très fort sur la religion parce que soit ils sont en échec d'intégration, d'insertion ou alors en manque total de repères et s'accrochent à ce qu'ils peuvent. C'est souvent des gens qui ne se sont pas construit leur identité individuelle. Ils essaient par là de donner un sens à leur vie par une totale adhésion à une identité collective à laquelle il se rattache intégralement. Sans nuance et de façon souvent excessive. C'est un phénomène connu dans le domaine sectaire ou de l'extrémiste politique. Les autorités religieuses musulmanes n'ont pas manqué de pointer et d'analyser ce phénomène et il faut travailler avec eux sur ce sujet. Et donc ramener toutes ces personnes à la modération.
Il est possible d'entendre l'intégralité de cette interview dans l'émission de Jean-Jacques Wolff sur Jérico et sur le site : www.ami-hebdo.com
Propos recueillis par Jean-Pierre Cour