Insertion : une question de vie
Malika Dati, adjointe au maire de Nancy, est en charge au sein de la municipalité, à l’emploi, l’insertion et à la cohésion sociale. Elle active son « fighting spirit » (esprit de combat) pour parfaire ce grand projet social qu'est l'insertion des jeunes et des adultes dans notre société.
Dati ? Elle, c’est Malika. Oui, c’est bien la sœur de Rachida. Non, elle, c’est bien Malika. Oui, toutes les deux s’appellent Dati. Même silhouettes élégantes et même volonté de faire aboutir leurs projets. L’une mène sa vie politique au niveau national et européenne et l’autre, elle aussi dans la sphère politique de la droite, est dans un concret plus proche de nous. De fait, Malika Dati, elle aussi, possède ce sourire ravageur qui donne faussement l’impression que tout lui est aisé. Mais pour elle, qui est adjointe au maire de Nancy et déléguée à l’emploi, à l’insertion professionnelle et à la cohésion sociale, le quotidien, c’est la difficulté pour les jeunes de trouver un travail, un logement et finalement leur place dans la société. Voilà son quotidien. Et elle s’y attaque avec pugnacité.
Un vélo pour un boulot
Malika Dati est enseignante en gestion dans un établissement privé de la ville et est aussi très impliquée dans la vie associative nancéenne. Attachée à l’aspect concret des choses, Malika Dati refuse d’être le faire-valoir, façon « bonne conscience » de la municipalité nancéenne. Non. Et elle prend son travail à pleine main, mais aussi à cœur. Ainsi, l'année dernière, l’opération "Un vélo pour notre boulot" a permis de restaurer plusieurs centaines de vélos récupérés à Nancy qui ont été envoyés par camion à Tanger (Maroc), dans le cadre d'un chantier d'insertion mis en place par la ville lorraine. Ce chantier social visait à réinsérer une dizaine de personnes par le biais de ce projet. « Depuis avril dernier, ils ont imaginé le projet, récupéré plusieurs centaines de vélos dans les déchetteries et auprès d'associations, organisé le voyage et assuré la communication », explique Malika Dati. Les vélos ont été récupérés, au final, par l'association Darna (« maison », en arabe), qui gère un foyer à Tanger qui récupère les jeunes qui se mettent sous les camions pour tenter de passer en Europe. L’association se consacre particulièrement à la prise en charge de l’enfance en situation d’exclusion économique et sociale et des enfants des rues à Tanger. « Ils ont besoin de vélo pour aller à l'école, qui se trouve parfois à 5 km de chez eux » assure-t-elle. Mais divers autres chantiers ont déjà été réalisés avec son soutien. En 2006, elle lançait "Le cheval dans la ville" (visite commenté de la ville en calèche). En 2007, c'était "Les barques enchanteresses" qui proposaient des balades sur le canal en bateaux électriques pour y découvrir la faune, la flore et les métiers liés à l'eau. En 2008, "Le cyclo-balade" où l'on découvrait la ville en vélo et dans des sortes de cyclo-pousse.
Un travail avec Metz ?
Malika Dati explique qu’André Rossinot, le maire de Nancy, s’est volontairement et inconditionnellement impliqué dans cette opération humanitaire vers le Maroc qui est en préparation depuis le mois d’avril dernier avec l'aide active de Simone Debord, et à laquelle plusieurs mécènes ont contribué aux côtés de la ville de Nancy, à hauteur de 130 mille euros. Cette jeune femme déterminée, à la personnalité affirmée et brillante, souhaite pouvoir amener d’autres mairies françaises à suivre le pas de la ville de Nancy, dans le cadre d’une coopération entre la France et le Maroc. Un contact récent avec la ville de Metz attend une réponse qui devrait impliquer la ville mosellane dans un projet tout aussi constructif.
Pour une utopie réaliste
Plus récemment, Malika Dati participait avec le Conseil économique et social de Lorraine à une rencontre où des jeunes, de Thionville ainsi que des jeunes de Borny qui avaient réalisés un film sur la difficulté de s'insérer dans la vie, témoignaient de leur volonté comme de leurs actions et où l'on mettait en avant quelques expériences d'insertion réussies. A cette occasion, elle explicitait sa propre vision issue des ses nombreuses expériences : <<Il faut reconnaître que les médias changent un peu leur regard sur les quartiers. Moi, je ne crois qu'en l'échange humain. Il faut lutter contre la méconnaissance réciproque. Pour autant je demeure quelqu'un de ferme et je dis non à la victimisation car je donne des chances à tout le monde. Je suis dans une Commission, à Paris, sur le décrochage scolaire… et celui-ci commence à la maternelle. Je suis contre, aussi, le CV anonyme. Il est inefficace car lorsqu'un DRH voit arriver un CV anonyme, il le classe comme immédiatement suspect. Je pense qu'il vaudrait mieux parler de tutorat car il y a là un contact humain. C'est peut-être utopique mais moi je crois que l'utopie est la réalité de demain. D'autre part, je tente d'apporter des nuances. Ainsi, est-on discriminé ou se sent-on discriminé ? Ce n'est pas la même chose. Mais si l'on est clairement discriminé, je préconise que l'on alerte alors la Halde (haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité), car il faut redonner à tous, aux jeunes mais aussi aux discriminants, les règles du jeu et il faut les respecter>>.
Jean-Pierre COUR