Radicaux de gauche… de droite ? Non, simplement Radicaux
Dans un tropisme qui lui est propre, le PRG (Parti radical de gauche) lorrain accompagne la liste Hénart aux prochaines élections régionales. Tout comme les Radicaux valoisiens (plutôt centre droit). Difficile à comprendre ? <<Non !>>, nous répond René Leucart en exclusivité.
Pas simple de comprendre la politique aujourd'hui. Et encore plus compliqué lorsque l'on rentre dans le détail. Expliquons : Jusqu'à aujourd'hui, les radicaux de gauche vivaient dans une sorte de symbiose harmonieuse avec le Parti socialiste. Sorte de satellite vieillissant mais toujours fidèle au PS. Alors que viennent faire ces mêmes radicaux de gauche dans un parti soutenu par l'UMP et le gouvernement aux élections régionales lorraines ? René Leucart, membre du bureau national du PRG et président de la
fédération régionale, sans être lui-même sur la liste, intègre tout de même le comité politique de campagne de Laurent Hénart (radical valoisien). Certes lui aussi radical, mais tout de même opposé sur l'échiquier politique depuis plus de trente ans. Laurent Hénart pratiquerait-il le grand écart politique au point que l'on s'inquiéta pour ses adducteurs ? En effet, il est à noter que ce dernier a déjà accueilli sur sa liste Luc Binsinger, "président comète" du MoDem de Meurthe-et-Moselle. Donc attention aux déchirures… musculaires. Nonobstant, cet apport devrait rapporter au clan Hénart autour de 2 % au premier tour selon certaines évaluations avec une évaporation, tout de même vers le Parti socialiste et les Verts. Et au second tour, deux de mieux.
Contre une liste idéologique
A priori, et à ce jour, deux représentants des radicaux de gauche figurent en position éligible sur la liste de la droite. Reconnaissons qu'historiquement attaché à la laïcité et confinés dans leurs cocons maçonniques, les radicaux lorrains semblent ici aussi déplacés au sein de l'équipe l'UMP que Claire Chazal dans le métro. Alors cette nouvelle posture est-elle adroite ou à droite ? <<C'est vrai que l'on pouvait m'attendre près de Jean-Pierre Masseret (PS), car nous avons fait un long bout de chemin ensemble>> explique René Leucart qui fut un temps, rappelons-nous, dirigeant socialiste et second de J-P Masseret lors d'anciennes élections régionales. Il poursuit : <<Pour autant, nous avons testé en Meurthe-et-Moselle le rapprochement dans les conseils municipaux, des radicaux valoisiens et des radicaux de gauche, et l'on a pu constater que ce terrain d'expérimentation était fort prometteur. Nous ne sommes pas là dans deux philosophies différentes. Les deux partis radicaux viennent du même socle historique. Pour autant, nous ne sommes pas dans la mouvance du Modem. Ici, en Lorraine, ce sont les radicaux valoisiens qui sont puissants. Ici, encore, le Parti socialiste a comme allié naturel le Parti communiste. Le Parti radical de gauche n'a rien à voir avec le Parti communiste. Rien de rien. Masseret a fait une liste idéologique qui date d'une autre époque ! Puisque les radicaux progressistes ne l'intéressent pas, que l'on nous reproche pas aujourd'hui de faire alliance avec les radicaux valoisiens ! Cependant, je dois reconnaître que si ce n'était pas un radical valoisien qui conduisait cette liste… nous ne la soutiendrions pas. Et puis il faut voire qui se trouve sur la liste "Masseret" ; on a même été rechercher Mr. Obiegala qui à perdu ses dernières élections à Berhen-lès-Forbach ! Où sont les jeunes ?>>.
Le rêve d'un pôle radical
Finalement ce que poursuit René Leucart ne serait-ce pas la création d'un "pôle radical" en Lorraine qui remettrait en selle son parti ? Il faut admettre que la chose s'annonce complexe puisque l'on se rappelle que l'on a en France Jean-Louis Borloo, d'un côté et Jean-Michel Baylet de l'autre. Tout deux sont "radicaux". Certes. Certes encore, le point commun fort aux deux tendances radicales est la laïcité… Mais c'est encore un peu maigre, il faut bien l'admettre, comme socle d'une indéfectible ré-entente entre ces deux coteries. Les vieux slogans ne prennent plus. L'anticléricalisme commun ne possède plus, non plus, ce bon vieil aspect fédérateur du temps passé. Alors que reste-t-il au plus vieux parti français ? Eh bien, ce que dans certains réseaux dont nous parlions plus haut, et où adhèrent encore nombres de radicaux, ce qu'ils appellent : tolérance, laïcité, humanisme etc… Bien sûr, difficile de "bouffer du curé" aujourd'hui, la chose date, mais pour René Leucart, le développement des sectes, le combat pour les femmes, le communautarisme pourrait étayer le nouveau socle commun des Radicaux.
Revenir aux racines
Alors même qu'il rejoint la liste gouvernementale, René Leucart reconnaît que pour lui les mots "droites" et "gauche" ont un sens mais que pour lui "les gens qui se disent de gauche ne sont plus aujourd'hui forcément de gauche et les gens de droite tout pareil" (sic). Il explique : <<Moi, je me sens proche de quelqu'un comme Martin Hirsch. Est-il de droite parce qu'il œuvre dans un gouvernement de droite ? Moi, je dis non ! Aujourd'hui, être à gauche, c'est alimentaire… Ce n'est "que" le pouvoir et l'argent. Il n'y a qu'à voir ce que le Conseil municipal de Metz s'est voté comme jetons de présence !>>, lance-t-il échauffé. Il ajoute : <<Il ne peut y avoir de discussion de société entre la gauche et la droite aujourd'hui. Dès que la droite lance un débat - je pense au débat sur l'identité nationale par exemple - on ne peut éviter que la gauche tire dessus à boulet rouge… et inversement. C'était un débat fondamental au troisième degré de l'opinion. Au premier degré, il dérape dans le racisme le plus vulgaire. Les hommes politiques ne jouent pas le jeu. Il ne peut donc pas y avoir aujourd'hui de débats droite-gauche sur des sujets de société important. Plus personne ne met son empreinte dans le système. Les radicaux de gauche s'installent alors dans un système socialo-communiste et les radicaux valoisiens dans un système UMP-Philippe de Villiers etc. Les Radicaux devraient revenir sur leurs racines et, dès lors, je suis sûr qu'ils se rassembleront très vite. La liste qui créera la dynamique au premier tour gagnera le second>>.
La Lorraine hors accord
Aujourd'hui, l'alliance entre le PRG et Martine Aubry exclue deux régions de cet accord nationale : la Lorraine et la Corse. Partout ailleurs, il y a accord avec le Parti socialiste. Pourrait-on alors parler dans ces deux régions de "Radicaux progressistes" ou "de progrès" ? Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui au sein des instances nationales du PRG, à Paris, on adopte un silence aussi lourd que prudent. "Wait and see" (attendre et voir), en quelque sorte. En fait : "laissons faire et l'on verra si cette démarche politique peut assurer la survie de ce parti". Les dés sont maintenant lancés.
Jean-Pierre Cour