instants d'élection à Metz
"Maire pluvieux ; maire heureux !", voici encore une locution qui conviendra comme un gant au nouveau maire de Metz : Dominique Gros, intronisé Vendredi-saint lors d'une alerte météo mémorable.
Le conseil municipal de Metz s'est réuni le vendredi saint à 10 heures pour élire son nouvel Premier édile. Côte à côte, l'ancien maire, Jean-Marie Rausch et le nouvel impétrant lançaient, à l'heure dite, la procédure de succession. Derrière le nouveau maire, souriants et vigilants tout à la fois, le président PS de Région, Jean-Pierre Masseret et le sénateur socialiste Jean-Marc Todeschini, ne perdaient rien de l'action. Pour démettre J-M Rausch et introniser Dominique Gros, il fallait un assesseur que l'on choisit traditionnellement en prenant le doyen d'âge de l'assemblée. <<Excusez-moi, mais là, c'est encore moi !>>, sourit en coin Jean-Marie Rausch. Quelques rires discrets et courtois répondent. Chacun s'installe, et l'ancienne majorité, un peu dépitée, s'assied autour des petites tables qu'elle réservait précédemment aux majoritaire d'aujourd'hui. Cette nouvelle majorité trouvant place, elle, en encerclant l'opposition, le long d'une longue table en forme de "U".
Retour de chaises musicales
Lors de ce mouvement de chaises musicales, Marie-Jo Zimmermann (DVD), constate sur un carton nominatif, qu'elle se situe au milieu de la table vouée à son groupe au sein de l'opposition. Elle s'empresse alors de prendre celui de Denis Jacquat, placé en haut de table, le plus près du nouveau maire, et de l'échanger avec son propre carton, prenant ainsi, dans son idée, la tête de l'opposition. Le temps se passe jusqu'au moment où l'on demande de nouveaux assesseurs pour le vote réglementaire. Et bien sûr, là encore on prend les plus âgés de chaque liste et les plus jeunes afin de remplir les fonctions de scrutateurs. Pour les reconnaître, c'est très simple, l'on prend ceux qui sont en début de table et ceux qui sont les derniers car les premiers sont les plus vieux et les seconds les plus jeunes. Hé oui, M-J Zimmermann n'avait pas compris que l'emplacement du premier conseil municipal, avant que les fonctions soient désignées, étaient établis en fonction de l'âge et non pas en fonction de l'importance du poste. Quelques sourires apparurent lorsque chacun pu se rendre compte de cette modeste falsification et que du coup elle évitait, de justesse, de se faire désigner comme la plus âgée du groupe.
Sic transit…
Dominique Gros, est ensuite élu à la majorité absolue par la salle. Alors, tout soudain, une longue salve d'applaudissement part de ses colistiers debout et du public présent. Après cette longue explosion de satisfaction, le calme revient doucement et l'on se rassied. Dominique Gros entame ses fonctions et l'on entend alors, un peu loin, quelques applaudissements clairsemés, là-bas dans l'escalier, en dehors de la salle du Conseil. L'on pense d'abord à une foule qui, pense-t-on, doit se rendre compte, avec quelques instants de retard, de la proclamation de l'élu socialiste et qui, à son tour, doit féliciter Dominique Gros. Non, c'est plus triste que cela. Ces quelques pauvres applaudissements sont ceux des derniers fervents de l'ancien maire qui viennent de croiser Jean-Marie Rausch, s'esquivant de son côté, un peu à la sauvette, de la salle où, depuis trente sept ans, il dirigeait, juge et maître, ce qu'il appelait "sa" ville. "Sic transit gloria mundi" (Ainsi passe la gloire du monde) pense-t-on. Et tout soudain, les sourires et les congratulation de la salle semblent, à cet instant, un peu déplacés. On aimerait, on ne sait pourquoi, que ces 37 années aux services des Messins soient comme reconnues ou notées de façon un tant soit peu officielle. Le protocole républicain ne prévoit pas, ici, ce genre de chose. Et puis la vie démocratique messine reprend le dessus de l'émotion. Elle commence par le discours d'introduction du nouveau maire.
Mon nom est Démocratie
Dominique Gros, d'une voix lente, mesurée, mais légèrement voilée par l'émotion commence : <<L'important, en démocratie, c'est l'échange… Mais je vois le chemins qu'il nous reste à faire au vu de l'abstention de notre ville (la plus forte de France, ndlr), cela veut dire que notre démocratie est fragile>>. Et par ce joli mot, il laisse entrevoir que tout naturellement, sa gouvernance, dans son esprit, ne peut s'inscrire qu'au sein d'une démarche fondamentalement démocrate. Il aurait pu dire : <<Notre élection est fragile du fait de l'abstention>>. Traduisant : "nous sommes fragiles car élus par peu de gens". Non, il pense naturellement que son action porte le nom de "Démocratie". Cela montre l'intégration mentale de ce concept dans sa démarche politique et sa perception du monde. Il ajoute pourtant, modeste : <<Metz est une ville qui dépasse tous ses maires. Dans cette salle est venue Napoléon. On est ici dans la continuité>>. Ici, par contre, il marque sans doute les deux axes forts de ce nouveau mandat : continuité et mesure. En effet, il sait qu'il a aussi été élu car il n'est pas un agitateur et qu'il s'inscrit dans une certaine forme de continuité au sein du programme de son prédécesseur. Afin de pointer encore la symbolique du lieu et les limite de l'exercice, il ajoute : <<La cathédrale a vu nombre d'échevins messins. On les a tous oublié. Mais la cathédrale, elle, est toujours là>>.
Bourrasques
Pour autant l'ambition est là : <<Je veux faire briller la ville de Metz en France mais aussi en Europe>>. Et tout de suite, le sens du devoir revient : <<J'aimerais maintenant que nous allions, tous ensemble, au monument aux morts. Vous avez remarqué, c'est une Piéta ; une mère qui pleure son fils. Ces derniers n'ont pas d'uniforme. Conséquence de notre histoire complexe... Nous irons à pied. C'est aussi le symbole que l'élu local doit être dans la rue avec la population>>. François Mitterrand avait eu sa première visite au Panthéon. Dominique Gros va aussi honorer des morts, nos morts. Ils sont ceux-là plus humbles, plus anonymes, plus secrets. Ils sont morts ici, ou ailleurs, sous le drapeau français ou d'autres. Continuité là encore ? Peut-être mais aussi respect d'un passé parfois glorieux et de temps à autre plus sombre.
Après une photo de groupe en bas de l'escalier d'honneur de l'hôtel de ville, élus de la nouvelle majorité et d'opposition se dirigent, traversant la ville, jusqu'au monument aux morts au pied de la porte Serpenoise. L'instant se fige et la Marseillaise, ciment républicain, est chantée par tous. La police municipale, déjà docile, avait bloqué les rues pour permettre au cortège de traverser les venelles messines pourtant calmes en ce Vendredi-saint incertain. La chose ainsi faite, le cortège retourne alors, rapide et impatiente, comme dans ce tableau du peintre lorrain, Émile Friant, "La Toussaint", peint en 1888, ou les frimas que l'on devine font presser le pas. En effet, comme pour donner l'avertissement de l'aspect incertain des carrières politiques, le soleil avait joué les apparitions lors de ce premier Conseil. Un soleil pétant débarrassé des nuages par un vent fou, éclaboussait un temps, rideaux et lambris dorés de l'hôtel de ville. Au retour du monument aux morts, la tempête faisait cette fois voler parapluies et manteaux sous les gifles inattendues de bourrasques de neiges fondues. Comme si le ciel voulait, en cet instant un peu solennel, montrer la précarité et la versatilité des choses. Il est des signes dont les esprits sages doivent savoir se saisir.