Coup de froid sur le Skylander

Publié le par JPC

Le Skylander, l'avion "tout terrain" devant être assemblée sur l'ancienne base militaire de Chambley (54) pourrait voir sa réalisation retardée, voire dans le pire des cas, purement et simplement annulée, du fait des écrasantes procédures de certification.

 

Serge Bitboul, le PDG de Geci Aviation fait bonne figure, mais le projet emblématique tout autant que politique du président de Région, Jean-Pierre Masseret, pourrait bien être remis en cause au vu des délais de certification nécessaire à la réalisation de l'aéronef lorrain.

 

Le PDG du groupe assure que les livraisons de l'avion pourront bien se faire dès la fin de 2012 ou le début de 2013. Mais rien n'y fait, les procédures de qualification et de certification vont à coup sûr retarder le montage de l'avion à Chambley. C'est la raison pour laquelle Serge Bitboul, demande une avance d'argent publique de 7,1 millions d'euros (en plus de deux millions déjà actés) à la Région lorraine afin d'amortir le coup. Bien sûr, l'opposition régionale crie "casse cou" !

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Pas avant 4 ou 5 ans !

C'est à Cologne que va se jouer le sort de l'avionneur installé tout fraîchement à Chambley. L'Agence européenne de sécurité aérienne vient de commencer l'étude liée à la procédure de certification de l'avion. Les délais optimistes qu'annonce Serge Bitboul pour la livraison de ses premiers Skylander, semblent tout a fait surréalistes aux membres de l'Agence européenne de sécurité aérienne qui, de leurs côtés, ne cachent pas que les procédures d'homologations sont longues, coûteuses et pas systématiquement couronnées de succès.

 

En effet, sans ces certifications complexes, l'avion n'aura pas le droit de voler. De fait, trois procédures doivent êtres validées tout en se superposant pour autoriser l'envol de ce qui n'est qu'encore un projet : la première procédure analyse les compétences de l'avionneur. Ce dernier lançant son premier avion, les contrôles sont donc d'autant plus stricts. Le délai minimum de validation est d'au moins un an… ce qui n'arrive jamais à un concepteur-créateur comme ici.

 

En fait, cette homologation risque de durer deux à trois ans selon la DOA (Design organisation approval). La procédure suivante traite de la conformité des systèmes et des outils de production de l'avion. Là aussi, le délai moyen est de une à plusieurs années (deux en moyenne). Enfin, et cerise sur le gâteau, il faut démontrer la conformité de l'avion lui-même. <<Et là, même les grands avionneurs se cassent souvent les dents>>, ajoute un brin pessimiste l'Agence européenne de sécurité aérienne qui laisse entendre que l'on sera plus près ici des cinq que des deux ans.

 

Il est à noter que ces trois dossiers peuvent toutefois se traiter simultanément, mais, financièrement parlant, il faut compter, tout de même, aux environs de 500 000 euros par an de frais de procédures. Les délais moyens pour l'ensemble des avionneurs sont aujourd'hui de quatre à cinq ans. En admettant que par différents coups de génie (ou de force) le délai se compresse à 3 ans (hypothèse optimiste), c'est donc aux environs de 1 500 000 euros qu'il faudra dépenser malgré tout. Et cela avant de payer l'investissement commercial, les coûts industriels de production et d'entretien. Cela fait beaucoup d'argent avant d'encaisser le premier euro.

 

Péché de jeunesse

Bien sûr, le Skylander n'est pas le Concorde et c'est un avion volontairement rustique dédié à être une sorte de 4 X 4 volant à même de desservir toutes les pistes, même les plus défoncées ; transporter colis et passagers dans un confort (lui aussi rustique) pour des utilisateurs tels que les militaires, le commerce ou les ONG de tous les pays du monde. Pour autant l'Agence européenne de sécurité aérienne ne laissera rien passer.

 

Toujours selon l'Agence européenne de sécurité aérienne, l'avionneur aurait commis le péché de jeunesse de tous les nouveaux constructeurs, c'est-à-dire de concevoir l'avion avant de connaître complètement les contraintes de certification. Il faudra donc toute la pugnacité de Serge Bitboul et de son équipe et toute la combativité du président de région pour faire aboutir ce beau projet d'avion lorrain dont le coefficient de sécurité à bord ne pourra pas être proportionnel à la somme des "pifomètres" embarqués.

 

Jean-Pierre Cour

 

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