Ces banques qui nous plombent…

Publié le par JPC

JP-Liouville-DR.jpgJean-Pierre Liouville, vice-président du Conseil régional nous dit en exclusivité que les banques françaises ne font plus confiance au Conseil régional de Lorraine et que ce dernier est tenu de se tourner vers une banque allemande. Ces banques qui nous plombent, lestent et lèsent donc aussi le Conseil régional et par rebond, les Lorrains.

 

Un récent sondage reflète la frilosité des banques pour accorder des lignes de crédits aux entreprises. Et plus encore aux PME. Mais ce n'est pas tout, les institutions françaises subissent, elles aussi (comme nous allons le voir plus bas pour le Conseil régional de Lorraine), l'angoisse de ne pouvoir assurer leurs engagements. Aujourd'hui, un quart des organismes publics ou privés voient leurs lignes de crédits réduites, voire, annulée par leur banque. Si ces banques font de très esthétiques publicités avec l'argents qu'on leur confie, elles sont moins dissertes sur les problèmes internes qu'elles rencontrent en leur sein. Il n'est qu'à se rappeler, parmi mille exemples, et pour rester dans le local, le cas qui avait fait grand bruit sur Metz, de ce chef d'agence du CIC St Simplice de Metz, expédié sous d'autres cieux pour des raisons que la bienséance nous oblige à taire afin de laisser à cet organisme, à la fois, ses clients et sa bonne volonté de mieux faire. Personne n'est parfait. Pour autant, et pour sortir du cas particulier, nous avons été alerté par le vice président du Conseil régional en charge de l'évaluation des politiques régionales, des finances et des fonds européens de la Région, sur l'autisme des banques qui jusque là croquaient avec délectation au bonheur de gérer l'argent publique.

 

Jean-Pierre Cour : Vous me disiez que la problématique de la frilosité des banques touche aussi bien les particuliers, les entreprises… ça on le savait, mais aussi et c'est un scoop, les collectivités territoriales comme la vôtre.

Jean-Pierre Liouville : Absolument. C'est vrai que l'on vit aujourd'hui une période surréaliste. Je vais vous tracer la genèse de ce qui a amenée la Région à avoir quelques inquiétudes vis-à-vis des banques. Lorsque la région vote un budget comme toute collectivité, il y a une part d'emprunt. Je rappelle que les emprunts que font les collectivités comme la nôtre, c'est bien pour l'investissement et donc pour l'emploi et non pas pour le fonctionnement de l'institution que nous sommes. La Région n'a donc pas besoin d'emprunts pour vivre mais pour aider les entreprises à se développer et donc créer de l'emploi. Donc, lorsque nous votons notre budget, nous avons un volume d'emprunt de l'ordre de cent millions que l'on emprunte vers la fin de l'année. Là, nous avons eut le nez fin puisque nous avons emprunté une première partie, quarante millions, lors du premier trimestre. Et quel ne fut pas notre surprise d'avoir du mal avec nos banques (Axa, Caisse d'Épargne, BNP etc), qui traditionnellement y répondent, d'avoir du mal à disposer de cet argent. Mais nous avons tout de même obtenu ce que nous voulions. Mais avant de lancer ce deuxième emprunt de soixante millions dont nous avons besoins au vu des projets votés par l'Assemblée plénière, j'ai souhaité rencontrer nos partenaires bancaires à la fin du mois de juillet. Et là, quel ne fut pas ma surprise de leurs réponses. Ils nous ont bien sûr assurés que la signature de la Région lorraine ne leur posait pas de problème puisque nous sommes un payeur régulier et qu'il n'y a pas d'incertitude qui pèse sur nos finances… mais que la situation pour les banques était difficile et qu'ils avaient du mal à prêter aux collectivités territoriales !

Jean-Pierre Cour : Vous êtes en train de nous dire que les banques vous refusent de l'argent et qu'elles ne sont plus là pour vous soutenir ?

Jean-Pierre Liouville : Elles n'ont pas été aussi catégoriques, mais c'était cela. Je leur ais rappelé que, comme tout français qui s'intéresse à l'actualité, que toutes les banques ont fait des bénéfices importants et que le Conseil régional ne comprenait pas pourquoi le crédit devait être difficile. Elles nous alors répondues que les normes de "Bâle III" (les 27 régulateurs bancaires et banquiers centraux réunis au sein du "comité de Bâle" ont décidé le 12 septembre dernier de relever le ratio de solvabilité des banques. Leurs fonds propres devront représenter 7 % de leurs actifs d'ici 2019. La mise en place de ces nouvelles normes ne débutera qu'à partir de 2013, ndlr), les obligent à se recapitaliser et donc augmenter leurs fonds propres. Bref, ces banques n'avaient plus d'argent à prêter. S'ajoute à cela que les banques françaises veulent anticiper, ce que ne font pas d'autres banques européennes, et qu'elles ne peuvent donc donner de l'argent et cela surtout aux gros demandeurs d'emprunts que sont les collectivités. Mais j'ai appris récemment que même pour une petite commune mosellane qui n'a pas de dettes, cette dernière avait eut beaucoup de mal à dégager un emprunt de 900 000 euros ! C'est sidérant.

Jean-Pierre Cour : Expliquez-nous car il est vrai que, pour un particulier, c'est tout de même une très grosse somme.

Jean-Pierre Liouville : Oui, je vais relativiser. Le budget de la Région, c'est un milliard d'euros. Donc, vous voyez qu'emprunter cent millions, c'est dix pour cent. En sachant que l'investissement de la région lorraine l'année dernière était de 270 millions d'euros et cette année de 250 millions. C'est donc un quart du budget et l'on emprunte dix pourcent puisque le reste est financé par l'excédent de fonctionnement.

Jean-Pierre Cour : Cet argent vous sert à quoi finalement ?

Jean-Pierre Liouville : Eh bien, ce sont des aides aux entreprises, des aides aux collectivités, des travaux propres au cœur de métier de la Région lorraine ; quand la région investit dans les TER et des rames neuves, tout ceux qui prennent le train voient que c'est bien là de l'investissement. Cet argent est donc investit vers l'extérieur et nous faisons travailler des entreprises et ceci aide les entreprises à vivre. Donc on maintient et on développe l'emploi tout en participant à la richesse régionale, voire, nationale. Il en va donc de l'avenir de nos jeunes et de nos investissements.

Jean-Pierre Cour : Donc les banques ne vous font pas confiance ?

Jean-Pierre Liouville : Aucune de ces banques ne nous l'a dit en face. Ces banques régionales avec lesquelles ont travaillaient régulièrement, je constate une chose, c'est que ces directeurs régionaux n'ont plus de pouvoir ! Et c'est au niveau national que les choses se jouent aujourd'hui. C'est donc une délocalisation, non pas de la banque, mais du niveau de décision, contrairement à certaines publicités que font certaines d'entre-elles. Elles ne sont plus là pour irriguer le territoire régional.

Jean-Pierre Cour : Donc on se dit que si un Conseil régional n'arrive plus à être appuyé par sa ou ses banques, qu'en sera-t-il de nous, de la petite PME, voire, de l'artisan ?

Jean-Pierre Liouville : C'est la question que l'on peut très légitimement se poser. Chaque Français a vu ce que les banques ont fait comme excédents, des bénéfices… On se pose alors des questions. Et je rappelle aux lecteurs de ce blog que 75 % de l'investissement publique se fait au niveau des collectivités territoriales. L'État pour sa part n'en faisant qu'un quart. Donc si les collectivités n'ont plus les moyens d'investir, c'est toute l'économie qui ira mal. Ce sont des dizaines de millions d'euros que la région injecte chaque année dans l'économie locale. On fait vivre des milliers d'employés et donc de familles.

Jean-Pierre Cour : Que va-t-il se passer à présent ?

Jean-Pierre Liouville : et bien nous allons aller à l'échelon européen et nous sommes en relation avec des banques hors du territoire français avec lesquelles nous avons heureusement d'excellentes relations. Donc grâce aux banques étrangères, nous allons équilibrer notre budget. Ce sont pour l'instant des banques européennes, nous ne sommes pas encore à faire appelle aux banque chinoises ou indiennes. La législation nous oblige à nous limiter aux banques européennes. Nous ne privilégions plus les banques françaises. En tant qu'élus, nous devons respecter nos engagements vis-à-vis des Lorrains et les banques sarroises connaissent parfaitement nos comptes et nous prêter ne leur pose aucun souci car elles sont assises sur le marché des obligations contrairement aux banques françaises qui travaillent plus sur les actions de bourse.

Jean-Pierre Cour : La nationalisation des banques françaises est-elle une solution ?

Jean-Pierre Liouville : la nationalisation est une hypothèse, mais d'abord il faudrait bien séparer les activités de prêt et les activités spéculatives car aujourd'hui les banques françaises font tout. Et si l'État ne prend pas en considération que les banques font ce qu'elles veulent, nous sommes en régime libéral, et s'il n'y a pas un système, une agence de régulation et si l'État n'a pas une volonté forte d'imposer aux banques la nécessité de soutenir l'économie, nous retrouverons les problèmes que nous avons sur les autres collectivités (conseils généraux, communes etc). Si d'ici un an les choses ne changent pas, les collectivités ne pourront plus investir. S'ajoute à cela que le climat de confiance s'est altéré alors que, et je le dis très clairement, il y a beaucoup "d'intox". Je pense qu'aujourd'hui on nous cache un certain nombre de choses ou l'on veut nous faire croire que les choses vont empirer mieux que les banques y trouvent là un moyen de se défausser. Je ne trouve pas cela responsable vis-à-vis des citoyens. Il faut arrêter d'affoler. Oui, il y a des problèmes, la dette de la Grèce, de l'Italie, de l'Espagne… Mais je crois que les banques françaises ont déjà digéré les responsabilités qui sont les leurs. Pour elles, la page grecque est déjà tournée. Il faut laisser les élus reconstruire une nouvelle fiscalité, revoir complètement les finances publiques car lorsque l'on laisse des pans entiers entre les mains de l'économie libérale, on favorise la spéculation. Et c'est ce qui s'est passé. Depuis cinq ans, jamais la spéculation n'a été aussi importante et le dernier exemple est ce qui se passe ici avec ArcelorMittal où les actionnaires demandent des rendements à deux chiffres. Il faut arrêter. Les gens veulent vivre, travailler, vivre au pays. Alors laissez-nous travailler, investir pour que l'on soit enfin bien dans notre Lorraine.

 

Jean-Pierre COUR

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