Livre blanc et série noire

Publié le par JPC

Le "livre blanc de la Défense" l'annonçait à mots couverts, mais la déclaration formelle faite par le Premier ministre français, François Fillon, de la réduction des effectifs militaires plombe le ciel lorrain, mosellan et messin. La Moselle est le département français qui prend en pleine face le choc de la restructuration de l'armée avec la perte de plus de 8 140 hommes, soit pas loin de 20 000 personnes si l'on compte les familles. Est-ce une chance ? Possible si cela réoriente les politiques lorraines.

Avec 83 sites fermés en France, le grand quart nord-est de la France est en première ligne et perd le second pilier historique sur lequel s'était faite l'image de la Lorraine. Traditionnellement on rattachait les Lorrains aux mineurs et sidérurgistes ou aux militaires. Le sabre et le pic, si l'on veut. Aujourd'hui, après l'implosion des industries lourdes et des mines, c'est tout un pan historique de l'activité lorraine qui s'effondre avec le départ des militaires, derniers éléments de cette image d'Épinal. Bien sûr le gouvernement promet 320 millions d'euros à verser d'ici à 2015 pour compenser la chose. Mais on est loin du compte. Il promet aussi de donner très vite 10 millions d'euros à Bitche, à Dieuze et à Metz, les trois villes les plus impactées par ce plan de restructuration. Pour donner là une idée de cette manne, cela ne représente que la construction de deux ronds-points ! De fait, Bitche perd définitivement le 57e régiment d'artillerie, l'agglomération de Metz le 2e régiment du Génie, la base aérienne de Frescaty, la brigade de renseignement, le centre d'instruction de l'armée de terre, le service d'infrastructure de la défense, le groupement de stockage d'Augny et le 1er régiment médical. Quant à Dieuze, le 13e régiment de dragons parachutistes part dans le sud-ouest de la France. Le département de la Moselle paye ainsi le plus lourd tribut au "livre blanc" au titre de la restructuration.

Concilier l'inconciliable
Le "livre blanc de la Défense" approuvé le 17 juin dernier par Nicolas Sarkozy prévoit la suppression de 54 000 postes dans l'armée française. La chose se comprend si l'on prend en compte que les nouvelles menaces ne sont plus celles d'hier. Les chars russes ne sont plus à nos portes et les risques aujourd'hui se situent hors d'Europe de l'ouest si l'on fait abstraction du terrorisme. Mais justement, si l'on conçoit bien que pour rationaliser et centraliser les besoins il soit nécessaire de fédérer les structures pour éviter les redondances, il est à rappeler que les forces françaises sont à présent projetées en masse sur des théâtres d'opérations extérieurs (opex) comme la Côte d'Ivoire, le Kosovo, le Liban ou l'Afghanistan. Cela veut dire que l'on a besoin ici d'un grand nombre de militaires afin d'assurer le turn-over de ceux-ci sur les différents sites nécessitants leur présence ou leur participation à des opérations internationales du type ONU. Cela tout en assurant leur formation et leur présence régulière sur le territoire nationale. Bref, concilier l'inconciliable puisque l'armée doit à la fois être aux ordres des besoins de la politique extérieures de la France et répondre, dans le même temps, aux attentes des organismes internationaux tout en gardant à la France sa capacité d'intervention. Bref, être au four et au moulin tout en labourant et en plantant le blé. Le général gouverneur militaire, Jean-Marie Faugère, dont dépend le quart nord-est de la France, nous glissait modo voce : <<On a atteint ici les limites de la déflation. Après, nous ne serons plus crédible en Europe et il faudra alors faire appel au mercenariat !>>. C'est ce que dit aussi plus librement, puisqu'en retraite, le général Pierre Denis : <<C'est d'abord une affaire d'argent et non pas d'amélioration des performances. C'est un affaiblissement car la menace est aujourd'hui beaucoup plus complexe et multiformes que par le passé>>.

Coopération franco-luxembourgeoise
Cela dit, cette mise en réduction irréversible de la sphère militaire en Lorraine pourrait finalement être une chance si la chose produisait un électrochoc salutaire chez les hommes politiques locaux. Ainsi pourrait-on voir l'émergence de l'intérêt de ces derniers pour le "fait frontalier". Rêvons encore, il se pourrait même que ces dirigeants locaux prennent conscience de l'existence de la Grande Région. Jusqu'à présent, ne récoltant aucune voix à même de les élire dans cet espace, les politiciens lorrains se gardaient bien d'y trouver un intérêt. La Lorraine se banalisant avec la disparition de près de 6,8 % de son PIB issu du monde militaire (investissement locaux, présence immobilière, salaires…), la Lorraine est tenu de s'accrocher à tout ce qui pourrait valoriser son territoire. C'est sans doute ainsi qu'il faut comprendre aujourd'hui la création d'un GECT (comprenez : groupement européen de coopération territoriale). Ce dernier concerne une zone de 2 000 hectares à Alzette-Belval comprenant les communes de Rédange, Russange, Audun-le-Tiche, Villerupt, Thil, Ottange, Aumetz et Boulange du côté français et des quatre communes luxembourgeoises d'Esch-sur-Alzette, Sanem, Mondercange et Schifflange. Tout soudain, le préfet de région, Bernard Nicquet à reçu à Metz Monsieur Jean-Marie Halsdorf, ministre de l'aménagement du territoire du Grand-Duché, afin de mettre enfin en place une route de désenclavement du bassin de l'Alzette entre Belval et l'autoroute A30. C'est un départ. Le problème structurel des projets frontaliers est que, du côté français, il y a perpétuellement surabondance de responsables politiques toujours prêts à couper les rubans mais qui demeurent incapable de coordonner les efforts et les investissements financiers alors que du côté luxembourgeois, on reste frileux pour devenir "chef de file" dans de petits projets locaux lorsque que l'on a pris l'habitude de travailler dans de grands dossiers au niveau européen.

Le coup de pied et la fourmilière
Afin de donner l'impression que l'État français n'est pas complètement indifférent au délabrement lorrain, un "super préfet", Hubert Blanc, est mis à la tête d'une mission interministérielle… que tout le monde considère déjà comme inutile et vaine. Cette mission doit trouver dans les six mois un programme d'actions. Pourquoi ne l'a-t-on pas lancée plus tôt ? C'est une question intéressante. En tout état de cause, l'effondrement des deux piliers historiques lorrains (mines-sidérurgie + armée), va générer un choc que l'on souhaite salutaire. Va-t-on enfin prendre en compte, côté lorrain, des attentes de formation spécifiques des jeunes qui, plus tard, vont devoir s'intégrer aux économies sarroises ou luxembourgeoises ? Que va-t-on faire pour rendre la Lorraine attractive aux entreprises de la Grande Région ? La recherche d'une nouvelle identité lorraine ira-t-elle jusqu'à percevoir que la vie existe au-delà de l'hexagone ? La réalité de la Grande Région va-t-elle émerger dans l'esprit des décideurs locaux ? Rien n'est moins sûr, mais la nécessité d'une remise à plat des certitudes des politiciens composant le millefeuille indigeste des institutions lorraines est le premier (et le seul) élément positif de ce coup de tonnerre.

Jean-Pierre Cour

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S
<br /> <br /> Bonjour,<br /> <br /> Juste une commentaire pour vous dire qu'il y a eu jusqu'à présent pour la restructuration du SID qui n'est pas terminée (ministère de la Défense) 5 ou 6 suicides rien que dans le sud ouest dont<br /> une personne qui s'est immolée sur la place d'armes de sa caserne.<br /> <br /> Mais cela personne n'en parle. Et c'est bien dommage, sans parler du taux de dépression...<br /> <br /> <br /> <br />
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