Interview J-M Rausch
Élu en 1971, Jean-Marie Rausch, l'actuel maire de Metz, tente aux prochaines élections municipales, de faire renouveler son mandat de maire. Trente et un ans de pouvoir sur Metz et six mandats lui offre une position, c’est vrai, incontournable. Ici, il nous détaille ce que pourrait être son avenir s'il était, une fois encore, réélu.
Force est de constater que dans les élections municipales messines les choses se répètent. De fait, à part Emmanuel Lebeau, tout les protagonistes étaient déjà là il y a 20 ans : Marie-Jo Zimmermann déjà avec Jean-Louis Masson, Nathalie Griesbeck, Dominique Gros et bien sûr, Jean-Marie Rausch. Quoi d’étonnant ? Comme le rappelait "Le Parisien", la moitié des maires français dirigent leur ville depuis plus de vingt ans. A Metz, c'est encore mieux puisque Jean-Marie Rausch dirige la mairie depuis 31 ans et demande à son électorat un mandat de plus ! Il est toutefois dépassé dans la longévité par l'actuel doyen des maires français, Philippe de la Moissonière-Cauvin, 89 ans, qui achève son 10e mandat et a été élu près de Dieppe pour la première fois en 1945. A Metz, Jean-Marie Rausch, 78 ans, ancien minotier né à Sarreguemines, maire (DVD) depuis 1971, repart donc à la bataille.
Vous n'avez, semble-t-il, plus grand-chose à prouver. Alors, Pourquoi ce nouvel engagement ?
J-M Rausch : C'est vrai que je n'ai plus grand-chose à prouver mais j'arrive à la fin du sixième mandat et j'ai lancé beaucoup de projets dont j'ai prévu les moyens financiers afin de les mener à termes. Je crains, peut-être à tord, que si on change l'équipe municipale, la nouvelle équipe aurait, ce qui est normal, comme premier souci de se faire réélire et utiliser cet argent pour faire des opérations un peu démagogiques et ils ne termineraient pas ce qui est en cours. Je veux donc poursuivre pour que ces opérations deviennent irréversibles et, à ce moment là, passer la main.
Des trois décennies passées, quelle est la chose la plus importante que vous ayez faite ?
J-M Rausch : Je pense qu'il s'agit de la réhabilitation de "l'image" de Metz. Metz était en 1971 une ville peu connue, décriée, critiquée, sale, à moitié démolie par les reconstructions et j'ai introduit, avec Jean-Marie Pelt, une politique de restauration qui est resté notre ligne de conduite permanente. On voulait changer ce stéréotype négatif de Metz pour le transformer afin que l'on dise que Metz est une très belle ville. Et qu'elle puisse enfin avoir la place qu'elle mérite dans le concert des villes européennes. C'est de cela dont je suis le plus fier.
Que répondez-vous à l'éternel couplet : "30 ans, cela suffit", distillé en continu par vos adversaires ?
J-M Rausch : Je peux les comprendre. On peu dire que trente ans cela suffit. Mais e même temps cela ne veut rien dire. On voit des gens qui à l'âge de 55 ans sont amortis et ne peuvent plus faire grand-chose, et on voit des gens qui à 80 ans sont encore plein de dynamisme et plein d'idées inventives. Je me considère moi aussi, à tord ou à raison, dans le second cas et je considère qu'à mon âge j'ai beaucoup plus d'idées encore que tous mes autres adversaires. Il suffit de voir ce début de campagne électorale où l'on ne voit aucune idée neuve. Moi j'envisage la place de Metz en Europe, dans de grandes opérations urbanistiques, de grandes opérations de développement économiques… et rien que sur ces domaines, je n'entends aucun de mes adversaires. J'ai tellement de projets en cours qu'il est très difficile de trouver quelque chose d'innovant pour Metz. Il y a dans le domaine des petites réalisations, des gadgets, qui germent chez les uns et les autres ; mais ce n'est pas cela qui propulsera Metz en tant que grand pôle de développement.
La plasticité du centrisme où vous vous positionnez, est-elle encore une bonne stratégie au moment où la politique locale se politise ?
J-M Rausch : Je n'ai jamais été attaché au concept même. Je me suis défini comme centriste parce que je ne me suis jamais senti complètement à droite ni complètement à gauche. J'ai soutenu Nicolas Sarkozy lors de sa campagne et je suis en principe assez d'accord sur sa manière de moderniser le pays. Mais je trouve que tout cela n'a plus grand-chose à voir avec les vieux concepts de "droite" ou de "gauche". Les partis sont obligés de faire leur reconversion. Je ne me suis jamais laissé imposer, en trente six ans de mandats, quoique ce soit par un parti. Jamais. Et cette fois-ci c'est la première fois que Paris se mêle d'une caution pour le candidat de Metz.
Est-ce un aveu de faiblesse de votre part de vous laisser faire par un parti politique ?
J-M Rausch : Non, ce n'est pas un aveu de faiblesse ! Je ne me suis pas laissé faire. Le président Sarkozy sait que je l'ai soutenu dès le départ mais les députés de l'Assemblée nationale, qui sont dans les commissions d'investiture, connaissent surtout leur collègue député comme Madame Zimmermann et le Dr. Jacquat. De son côté l'Elysée ne voulait pas donner l'impression qu'on me laissait tomber et on est venu à une sorte de côte mal taillée où il y a une investiture officiel et une autre, de soutien… presque officielle aussi.
Les dernières élections présidentielles montraient que le mouvement centriste faisait, en nombre de voix, mieux à Metz qu'ailleurs en France. Hors, il semble qu'aucun candidat aux municipales prochaines ne réussisse à capitaliser ces voix. Comment l'expliquez-vous ?
J-M Rausch : Le Modem n'a jamais été mon problème et je considère que beaucoup de gens ont voté Modem car ils étaient dans le souvenir de Robert Schuman, de la Démocratie chrétienne et de l'Europe telle qu'elle est considérée ici. Cela faisait probablement tout un pan de populations qui pouvait s'exprimer lors de ces présidentielles mais qui, pour une autre élection, se dispersent parmi les autres. C'était un électorat conjoncturel vis-à-vis de la Démocratie chrétienne qui est restée implantée en Lorraine.
Un acteur politique messin disait : "Si les Messins pensent que Jean-Marie Rausch peut-être battu, il sera battu !". Que vous inspire cette réflexion ?
J-M Rausch : C'est vrai ! Mais actuellement j'augure que les Messins pensent que je peux gagner. Le dernier sondage me donne en tête au premier tour dans la conjoncture actuelle, mais les écarts sont relativement faibles. Nathalie Griesbeck est en quatrième et avec Zimmermann et Dominique Gros, on est dans un mouchoir de poche.
Vous dites sur le site internet de l'Ami Hebdo que vous avez la sensation de l'inachevé. Personne, en dehors de vous ne vous paraît digne de vous succéder ?
J-M Rausch : Si ! Il y à des dizaines de personnes qui me paraissent dignes de me succéder. D'ailleurs, il y a un vieux proverbe qui dit que les cimetières sont pleins de gens irremplaçables. Seulement, parmi tous les gens dignes de me succéder il y a un certain nombre qui ne veulent pas faire de politique. Et parmi ceux qui se précipitent maintenant pour gérer la mairie, il y a tout de même pas mal de gens qui font de la politique depuis un certain nombre d'années mais qui n'on jamais percés et qui n'ont jamais pu faire leur preuves. Cela me laisse penser que tant que j'étais là, il n'y avait personne pour me battre ! Si parmi ceux qui sont aujourd'hui mes adversaires, il y en avait qui devaient vraiment me succéder, il y longtemps qu'ils auraient dû prendre le pouvoir.
Toujours sur le site de l'Ami Hebdo, vous dites qu'il faut favoriser le social et particulièrement dans le domaine de l'habitat des jeunes. Pouvez-vous préciser ?
J-M Rausch : J'ai l'impression qu'actuellement beaucoup de gens parlent des jeunes, de social ou d'université à juste raison. Si l'on pouvait améliorer tous ces secteurs cela irait nettement mieux. Ce qui pourra le plus enraciner les jeunes, c'est le logement. Hors, ici il devient très cher du fait de la proximité du Luxembourg. On est en train d'étudier un système qui permette l'accession à la primo-propriété pour les jeunes où ils paieraient un loyer pour devenir propriétaire à peine plus cher qu'en location.
autre axe de votre politique future ?
J-M Rausch : Je voudrais mieux m'entendre avec le Luxembourg car tous les augures nous disent que la richesse de la Lorraine est au nord. C'est-à-dire entre Metz et Esch-Belval. Les statistiques luxembourgeoises nous parlent d'une progression luxembourgeoise toujours très forte avec un taux de croissance entre 5 et 6 %. Donc nous allons créer beaucoup d'activités, beaucoup de services sur la frontière et je voudrais que nous ne soyons pas seulement le dortoir des 85 000 Lorrains qui vont travailler là-bas mais participer à l'élaboration de cette richesse.
Et au Sud ?
J-M Rausch : Il faut garder des relations avec Nancy car c'est la ville hospitalo-universitaire la plus proche. Par ailleurs je crois à l'espace central autour de l'aéroport et de l'actuelle gare TGV. Je suis d'accord avec le président Leroy lorsqu'il dit qu'il existe une ligne désaffectée qui va de Metz à Louvigny qu'il faudra ressusciter. Pour la gare de TGV Vandières, on rentre dans une période où l'argent est rare et ni l'État, ni la SNCF, ni RFF, ni la Moselle ne veulent payer ; il n'y aurait que la Région qui serait d'accord pour payer. Par ailleurs, je crains que l'État ne paye que tardivement pour réaliser la ligne Baudrecourt-Strasbourg. D'où l'obligation de la liaison vers Berlin via Sarrebruck.
On vous dit volontiers autocrate, allez-vous, dans ce prochain mandat que vous sollicitez, laisser un peu plus "la bride sur le cou" à vos colistiers ?
J-M Rausch : La valeur de mes colistiers montre leurs qualités qui inévitablement, auront beaucoup plus de latitudes. Ils auront beaucoup plus de libertés et c'est nécessaire si je dois en sortir un successeur.
Donc vous êtes toujours le César qui cherche son Brutus ?
J-M Rausch : Oui, j'en ai quelques uns… Il y en a quelques uns… mais pour des transitions tranquilles. Il y a, en effet, des pourparlers.
Comment se fait-il qu'au bout de tous ces mandats, les Messins aient un lien si peu affectif avec vous, contrairement à des maires qui, eux aussi, ont marqués leur ville comme Jacques Chaban-Delmas ou Gaston Deferre ?
J-M Rausch : Parce que je ne suis pas un homme au contact facile. Sans doute parce que je suis timide. Je ne suis pas non plus un homme "communiquant" à l'extérieur ; je ne suis pas un homme de commerce aisé ce qui m'enlève cette capacité et cette possibilité. Et c'est vrai que j'ai été élu sur mes projets, mes réalisations et mon savoir-faire plus que sur ma chaleur humaine. On ne peut pas tout être à la fois. Mais comme mon système a tout de même bien marché, je ne peux pas le renier.
Quelles seraient les bonnes raisons que vous donneriez aux Messins de voter pour vous ?
J-M Rausch : Il y en aurait une qui est peut-être un peu anecdotique, c'est de dire : On sait ce que l'on a et l'on ne sait pas ce que l'on aura. Les Messins, en dehors des détails comme les contraventions, les problèmes de stationnement et autres…, ont toujours applaudis à tout ce que j'ai réalisé. Que ce soit l'Arsenal, que ce soit les Arènes, que ce soit maintenant l'Amphithéâtre, que ce soit le nettoyage de la ville, la restauration de la ville ancienne, j'ai toujours eu la population derrière moi.
Et qu'aimeriez-vous dire aux lecteurs de ce blog ?
J-M Rausch : J'aimerais leur dire qu'ils peuvent juger de ce qui s'est passé dans cette ville en plus de trente ans et qu'ils peuvent voir comment on l'a transformé tout en maintenant les impôt depuis 22 ans inchangés et en étant la ville la moins endettée de France comme viennent de l'écrire Les Échos. Metz y est cité comme exemple. Donner aux gens satisfaction, transformer leur cadre de vie, augmenter leur qualité de vie et ne pas leur demander plus d'argent pour cela et même rendre même la ville plus riche, voilà ce qu'ils ont et peuvent attendre. Ils peuvent essayer avec une autre équipe mais comment ce termineront tous ces travaux ?... Mais l'électeur disposera.