Offense à la Défense

Publié le par JPC

La caserne Ney, au cœur de Metz, attire aujourd'hui les vautours affairistes de l'immobilier. Restaurée et pleine d'activités militaires, les personnels qui l'habitent tiennent à ce lieu privilégié au cœur de la cité, à deux pas de la gare et en relation étroite avec la population.

 

CASERNE-NEY-SIRPA-METZ.jpgLes hurluberlus de tous poils du commerce et les agités du bizness n'ont cessé de sévir tout au long de notre histoire. Surtout lorsqu'ils sentent passer sous leur groin la perspective d'une arnaque juteuse. L'année passée, la caserne Ney, place de la République en plein cœur de Metz, en a fait les frais. Et l'affaire n'est pas finie. A peine annonçait-on que certains régiments allaient quitter Metz que quelques rapaces se voyaient déjà à la tête d'emprises militaires lucratives pendant que la population messine, elle de son côté et en masse, se désolait du départ de ses régiments. D'aucuns affairistes imaginaient sans doute déjà le palais du gouverneur transformé en casino, l'abbaye St Arnould (le mess de garnison), transfiguré en hôtel avec piscine en lieu et place du cloître, les grandes casernes de Moulins les Metz se convertissant en discothèque–lupanar à destination de Luxembourgeois désœuvrés, l'État-Major en hôtel du Club-Med et l'hôpital Legouest se transformant alors, comme la citrouille de Cendrillon, en logements de prestiges et en cages à lapins pour étudiants activant ainsi une plus-values financière au mètre carré exponentielle par rapport à aujourd'hui. C'est paraît-il la loi du genre.

 

Commerces et art contemporain

 

Bien sûr, le grand bâtiment de la caserne Ney, au cœur de la ville n'a pas échappé aux vues de ces néo-vandales mercantiles. Ils voulaient, et c'est authentique, transformer ce haut lieu militaire, tout juste restauré à grand frais par le contribuable, en galerie marchande avec enseignes franchisées à gogo. Tout cela, bien évidemment, avec l'incontournable alibi culturel : galeries de peinture et d'art contemporain à l'appui. C'était inévitable au moment où le centre "Pompidou-ble" sortait de terre, chacun y allait comme aujourd'hui encore, à grands coups de cuillère à soupe, dans l'art contemporain. L'on connaît pourtant le peu d'engouement du public pour cette branche de l'art. Les directeurs de la culture de toutes les institutions, le fonds d'art contemporain de la colline St Croix, le directeur régional des affaires culturelles etc, vous en parleront encore plus savamment.

 

Bref, l'idée, c'était de transformer la longue façade de l'avenue Robert Schuman en… "Champs-Élysées messins" (sic). Rien de moins que cela. Pour ces dynamiques entrepreneurs, cela correspondrait parfaitement à la demande des "riches amateurs d’art qui n'allaient pas manquer de faire des milliers de kilomètres en avion pour admirer les œuvres du Centre Pompidou-Metz" (re-sic) ! Et de l'autre côté, dans ou devant les jardins de l'évêché, l'idée était de mettre des magasins et des boutiques style "bonnes affaires" qui pratiqueraient des prix cassés. Pour le reste du bâtiment de la caserne, on en aurait fait un centre des congrès… Non, mieux : un centre d'affaires. C'est sans doute ce que l'on appelle dans l'effrayante sphère immobilière : "être créatif". Le slogan était même déjà trouvé pour mieux vendre le site : "l’art du commerce et au commerce de l’art". Authentique. Suite à cela, et tout excité par ces alléchantes perspectives, certains élus ont eu le front de venir visiter la caserne, spéculant déjà sur le prix des emplacements sous le regard d'abord ébahi puis finalement furieux des militaires présents. Même le maire est alerté et dispose d'un dossier argumenté avec croquis préparatoires. Il faut avouer que cette nouvelle destination de la caserne risque, il est vrai, de déverser bien plus d'impôts, taxes et divers avantages dans les diverses caisses messines.

 

Emotion en kaki

 

Certains militaires, outrés mais tenus à l'anonymat, sont alors venus nous voir en notre rédaction toute proche pour nous alerter de la chose. Aucun autre média ne retranscrivant, jusqu'ici leurs désarrois. Et c'est un cri de colère, que nous retranscrivons ici en condensé, que ces hommes et ces femmes nous lançaient, eux, les esclaves d'une "grande muette" qui mérite toujours si bien son nom. <<Scandaleux… Pour qui nous prend-t-on ? Oserait-on faire la même chose dans les usines d'ArcelorMittal ? Viendrait-on, un plan social à peine annoncé, venir au milieu des employés déprimés, spéculer et faire les métrages, envisager les bénéfices à engranger en faisant fi de l'émotion de ces derniers ? Ce qui se passerait, je vais vous le dire, l'on verrait au contraire venir en rang serré tous les hommes politiques du coin pour tenter de nous rassurer, nous assommer de promesses trompeuses… et au passage tenter de récolter quelques voix ! Personne n'a pris en compte le fait que nous aussi nous aimons notre ville, nous aussi nous sommes attachés à la Lorraine et à la Moselle. Ici, nous circulons en uniforme, hommes comme femmes, dans la rue et tout le monde trouve cela normal. C'est un fait et c'est rare que nous soyons aussi bien intégrés. Dans les autres villes ce n'est pas pareil. Pour beaucoup, nous avons construit notre maison ici, nous avons fondé une famille ici, ce n'est pas rien… Nous aussi nous avons le droit d'aimer une ville et d'aimer la région où nous travaillons>>.

 

En kaki, mais d'ici

 

Que répondre à ces cris du cœur ? Qu'il ne s'agit finalement que de quelques élus messins et de quelques spéculateurs sans vergogne ; que la grande majorité des Messins regrettent le départ des unités de l'armée non seulement, comme l'on veut le faire croire, pour leur appoint financier au commerce (toujours lui), mais surtout parce que les enfants de ces derniers sont amis avec les nôtres ; qu'ils vont à la même école ; que l'on va à la pêche avec leur parent militaires qui sont aussi nos voisins ; que les humbles mais conviviaux apéritifs des week-end d'été avec eux sont des petits moments de bonheur simples, que c'est la femme, ou parfois le mari, de ces militaires qui tiennent la bibliothèque ; que c'est encore eux qui nous ont dépanné lorsque notre voiture était en panne…  et parce que… et finalement et tout simplement parce qu'aujourd'hui on prend conscience qu'ils sont "de chez nous". Cela, personne ne leur a jamais dit. Pas un seul politique ne s'est inquiété de leur devenir. Ils ont du vraiment se sentir bien seul. Amertume… amertume. Est-on moins humain parce que l'on s'habille en kaki ? Et d'une façon glacée les édiles messins avouent, un sourire en coin : <<On ne veut pas les prendre à rebrousse poil… et puis pour l'instant nous avons de toute façon trop de locaux vides sur Metz… alors pour l'instant ils nous entretiennent le palais du Gouverneur, les casernes, ils développent Legouest, le mess des officiers, alors…>>. Il nous semble aujourd'hui énorme de devoir rappeler que l'on parle là d'humains et non de machines que l'on peut délocaliser avec indifférence. CASERNE-NEY-SIRPA-METZ.jpg


Un peu de respect...

Mais qu'il y a-t-il dans cette immense caserne ? Est-elle finalement vide ? Est-elle inutile à l'activité militaire ? Que non ! On y trouve le bureau d'action sociale de l'Etat-major de la Région terre Nord-Est, le district social de Metz interarmes, l'Echelon social de Metz 5, le service de médecine de prévention, les aumôneries, les maîtres tailleurs et bottiers, le bureau de garnison, les mutuelles militaires, le centre d'information des armées, la caisse nationale de sécurité sociale militaire, des associations de civils liés à l'armée (épouses et époux de militaires) etc… Enfin, toute une immense administration gérant le quotidien des militaires pour le quart nord-est de la France. Bref, les locaux sont plein d'acteurs de la vie militaire dans tout ce qu'elle comporte comme nécessité de réponse à la vie quotidiennes des personnels de la Défense.

Au moment de conclure, il nous souvient de cette phrase de Saint-Exupéry : "Le soldat n'est pas homme de violence. Il porte les armes et risque sa vie, Pour des fautes qui ne sont pas les siennes. Son mérite est d'aller au bout de sa parole, tout en sachant qu'il est voué à l'oubli… ", et l'on peut même aujourd'hui dire : oublié des siens.

 

Jean-Pierre COUR

 

 

 L'historique de la caserne Ney, caserne du génie

(source SIRPA-Metz)

 

En 1564, la décision de construire la citadelle entraîna la destruction du quartier le plus riche de la ville. Seules furent conservées la chapelle des templiers et l'église de Saint Pierre aux Nonnains, utiles aux besoins de l'armée. C'est à partir de 1790 que la démolition de la citadelle fut décidée. Elle se poursuivit jusqu'en 1816. La place ainsi dégagée laisse des terrains libres (notamment l'esplanade et la place royale, actuelle place de la république). L'armée revendique alors la propriété d'une partie des terrains de l'ancienne citadelle qui lui sont attribués par ordonnance du roi le 15 mars 1831 et remis au Génie le 23 mai suivant. En 1832, les autorités militaires prennent la décision d'édifier à Metz une caserne du Génie devant permettre de loger un régiment du Génie de deux bataillons. C'est en décembre 1833 que les travaux sont entrepris par les sapeurs du 1er régiment du Génie selon les plans du lieutenant-colonel Parnajon. Les travaux débutent par la construction de l'aile bordant l'avenue Robert Schumann, achevée en 1839, puis un bâtiment perpendiculaire construit en 1840-1841, destiné à accueillir l'école régimentaire du Génie et enfin une seconde aile sur l'avenue Ney édifiée de 1841 à 1844. Les bâtiments (à l'exception de celui du fond avec une toiture à double pente) furent construits à l'origine avec des toits en terrasse mettant l'édifice à l'épreuve des projectiles de l'époque. Les combles et la toiture actuels ont été rajoutés en 1911 par les Allemands. Les deux pavillons de garde situés à l'entrée furent édifiés entre 1844 et 1845. Ils sont ornés de bas-reliefs, symbole du Génie représentant la cuirasse et le casque "pot en tête" imposés par Vauban à ses ingénieurs pour diminuer les pertes durant les guerres de siège. Ils ont été dessinés par les frères Husson puis sculptés par le messin Gustave Hennequin entre 1852 et 1854. Ils ont été inscris sur l'inventaire complémentaire des monuments historiques le 24 octobre 1929.

 

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article